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Ce week-end du samedi 21 au dimanche 22 juin 20252, le RHDP a offert un spectacle bien huilé de loyauté partisane. Réuni au Parc des expositions d’Abidjan puis, au stade d’Ebimpé, le parti présidentiel a sans grande surprise reconduit Alassane Ouattara à sa tête. Un couronnement annoncé, marqué par des applaudissements nourris, des chiffres impressionnants sur les structures militantes, mais aussi par un malaise de fond : celui de l’absence de débat réel sur la succession.
À 83 ans, le chef de l’État ivoirien a été réélu président du RHDP lors du 2e congrès ordinaire. Il a confirmé, sans vraiment trancher, qu’il resterait aux commandes de son parti, et peut-être plus. « Je resterai donc président du RHDP tant que vous le souhaiterez », a-t-il déclaré devant une foule galvanisée. Une phrase lourde de sous-entendus, à quatre mois de l’élection présidentielle. Sera-t-il candidat ? Il ne l’a pas dit. Mais il a tout laissé entendre.
Ce flou volontaire, doublé d’un appel à la confiance, a été habilement orchestré. Les militants, galvanisés à coups de slogans et d’hommages, l’ont supplié de ne pas les « abandonner ». Un moment d’émotion scénique, soigneusement préparé. Pourtant, au-delà de l’ovation, la question centrale reste entière : où est passée la relève ?
Car si le RHDP se targue de ses succès électoraux dont 165 députés, 147 maires, 58 sénateurs, il peine à présenter un visage renouvelé. Aucun débat interne n’a été toléré autour d’une possible alternance. Aucun nom n’a été publiquement mis en avant comme successeur potentiel. Tout semble suspendu à la volonté d’un homme.
Ce verrouillage de la parole politique contraste avec les aspirations d’une partie de la société civile et de la jeunesse, qui appelle à une transition générationnelle. Or, une fois encore, le congrès s’est transformé en formalité militante, sans véritable confrontation d’idées. La structure est imposante – plus de 1 million de militants revendiqués –, mais le fonctionnement reste pyramidal.
Quant à l’annonce d’une « élection apaisée, démocratique et transparente », elle sonne comme un vœu pieux, dans un contexte où les opposants dénoncent régulièrement des restrictions d’espace démocratique et des exclusions de figures politiques de premier plan.
En acceptant de rester président du RHDP « par amour », Ouattara donne l’image d’un chef attaché à son parti. Mais aussi celle d’un pouvoir qui peine à se renouveler sans sa figure tutélaire. Le RHDP a certes montré sa force, mais l’avenir reste suspendu à une déclaration. Une seule. Celle d’un homme dont le silence sur sa propre succession finit par devenir assourdissant.
Le Jour Pile
