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La Côte d’Ivoire perd chaque année près de 4 600 milliards de FCFA à cause de l’orpaillage illégal, soit environ 142 tonnes d’or échappant au contrôle de l’État. Cette alerte a été lancée par Stan Zézé, président du Groupe Bloomfield Intelligence, le 30 avril 2026 lors de la conférence Risque Pays organisée au Sofitel Abidjan.
Derrière cette perte colossale se cache bien plus qu’un manque à gagner économique : il s’agit d’un véritable défi sécuritaire, social et environnemental qui pousse désormais les autorités à accélérer la transformation du secteur minier.
Un secteur minier stratégique en pleine montée en puissance
Longtemps considéré comme secondaire, le secteur minier formel s’impose désormais comme un pilier croissant de l’économie ivoirienne. En 2024, il a représenté entre 4,5 % et 5 % du PIB national, avec un objectif affiché de 6 % dès 2025. Les exportations minières dépassent désormais 14 milliards de dollars, positionnant la Côte d’Ivoire parmi les cinq grandes puissances minières du continent.
En marge des Assemblées de la Banque mondiale et du FMI à Washington, le 16 avril 2026, le ministre des Mines, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a réaffirmé la volonté du gouvernement de faire reculer l’exploitation clandestine au profit d’un modèle industrialisé, structuré et mieux régulé.
Pourquoi l’orpaillage clandestin inquiète autant
Au-delà des milliards perdus, l’orpaillage illégal favorise la contrebande, prive l’État de recettes fiscales et alimente des réseaux parallèles souvent liés à des financements étrangers.
Les conséquences sécuritaires sont majeures : développement de circuits clandestins, mobilité incontrôlée de travailleurs venus de plusieurs pays de la sous-région, criminalité transfrontalière et conflits fonciers.
Les impacts sociaux sont également lourds. Autour de plusieurs sites illégaux se développent prostitution, drogues, violence et précarité, fragilisant les communautés rurales.
Sur le plan écologique, la pollution au mercure des sols et des cours d’eau pourrait générer des coûts de dépollution considérables pour les générations futures.
La riposte de l’État ivoirien
Face à cette menace, les autorités ont intensifié les opérations de la Brigade de Répression des Infractions au Code Minier (BRICM), appuyée par les forces de sécurité.
En mars 2026, plusieurs sites clandestins à Adzopé et Bongouanou ont été démantelés, avec destruction de matériels d’exploitation et infrastructures illégales.
Parallèlement, le gouvernement travaille à renforcer l’arsenal judiciaire, notamment par la formation de magistrats afin de rendre les sanctions plus dissuasives contre les financeurs et réseaux de contrebande.
Industrialiser pour mieux protéger
Le gouvernement mise désormais sur trois priorités : formalisation du secteur, industrialisation de l’exploitation et redistribution locale des richesses. Les mines industrielles contribuent déjà au Fonds de Développement Local à hauteur de 0,5 % de leur chiffre d’affaires, finançant écoles, centres de santé et infrastructures communautaires.
Pour Abidjan, l’enjeu est clair : faire en sorte que les ressources minières profitent durablement à l’économie nationale, plutôt qu’à des circuits clandestins qui appauvrissent le pays.
La bataille contre l’orpaillage illégal est ainsi devenue l’un des fronts économiques majeurs de la Côte d’Ivoire.
Ljp
