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Au cœur de Bouaké, ancienne ligne de fracture de la crise de 2002, la Côte d’Ivoire a célébré ses 65 ans d’indépendance dans une ambiance mêlant fierté nationale, mémoire et volonté de paix. Entre défilés militaires spectaculaires et parade civile colorée, la deuxième ville du pays s’est offerte comme vitrine d’une rencontre nationale.
Le soleil de midi glissait sur le boulevard Abla Pokou, faisant scintiller les drapeaux orange-blanc-vert qui claquaient au vent. Sous les applaudissements, enfants perchés sur les épaules de leurs pères et vieux combattants au béret fané se pressaient contre les barrières. Ce jeudi 7 août 2025, Bouaké vibrait au rythme du tambour républicain, célébrant les 65 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire.
Il y avait dans l’air quelque chose de plus qu’une simple fête nationale. La ville, marquée au fer rouge par la crise de 2002, s’offrait aujourd’hui comme symbole de paix retrouvée. Deux décennies plus tôt, elle était le cœur battant de la rébellion. Ce jour-là, elle devenait vitrine de réconciliation. « On envoie un signal fort : la page de la guerre est définitivement tournée », lâchait Jean François Kouassi, candidat déclaré à la présidentielle, la voix couverte par les clairons.
Les gradins dressés face à la tribune présidentielle affichaient complet. Derrière les cordons de sécurité, les délégations étrangères, venues des États-Unis, du Maroc et d’ailleurs, observaient la parade militaire. Les bottes frappaient le bitume en cadence. Forces terrestres, aériennes, gendarmerie, marine, police, douane, unités spéciales… tous défilaient dans une chorégraphie millimétrée. Les blindés avançaient au pas lourd, les hélicoptères faisaient vibrer l’air chaud.
« C’est impressionnant. Je ne savais pas que notre pays était aussi bien équipé », s’émerveillait Bintou Diarra, Malienne installée à Bouaké, téléphone brandi pour immortaliser le moment.
Mais derrière la ferveur, certains restaient prudents. Guillaume Gballet, représentant d’une coalition citoyenne, observait les colonnes armées avec un œil critique. « Ce sont de belles images, mais l’indépendance ne se mesure pas qu’en matériel militaire importé. Où sont les producteurs de cacao, de café, d’anacarde ? Eux portent pourtant 40 % de notre économie », glissait-il, amer.
Pour les autorités, l’événement va au-delà du spectacle. « Il s’agit de rappeler que notre armée est républicaine, modernisée et digne de confiance », expliquait un officier supérieur, scrutant la foule.
Puis vint la parade civile. Sur la chaussée, les danseurs de Georges Momboye transforment le boulevard en scène ouverte. Les pas traditionnels se mêlent aux figures contemporaines, les tissus colorés flottaient comme des vagues, les percussions résonnaient jusque dans les immeubles. L’art venait, à sa façon, compléter le message politique : celui d’une Côte d’Ivoire qui se raconte dans ses racines tout en regardant vers l’avenir.
Quand le dernier char quitta la scène et que les drapeaux furent pliés, Bouaké pouvait se targuer d’avoir tenu son pari : montrer au pays, et au monde, qu’elle n’était plus l’ancienne ligne de fracture, mais le théâtre d’une nation qui cherche à se tenir debout, fière, unie, et peut-être, apaisée.
Roland K.
