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Côte d’Ivoire : une démocratie ‘’sous respiration assistée’’

ByÉquipe LeJourPile

Juin 11, 2025

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En Côte d’Ivoire, la situation actuelle, selon des observateurs, reflète une démocratie encore fragile, où le consensus politique repose sur des lignes de fracture profondes et non encore cicatrisées. L’absence de Gbagbo de la présidentielle risquant soulignent-ils, de transformer l’élection en une formalité pour les tenants du pouvoir, au prix d’un affaiblissement de la légitimité du scrutin.

L’Union africaine face à un dilemme

La visite d’une délégation de l’Union africaine aux acteurs politiques ivoiriens dont Laurent Gbagbo, le 11 juin 2025, à son domicile privé d’Abidjan, n’est pas un geste anodin. Elle intervient dans un contexte de crispation politique croissante à l’approche de la présidentielle d’octobre prochain.

Cette  mission de l’Union africaine était menée par Mahamat Saleh Annadif. Elle aurait pour objectif officiel à en croire certaines sources, de préparer une présidentielle apaisée. Mais en allant à la rencontre de Gbagbo, l’UA envoie surtout un signal :  »son exclusion du jeu électoral ne peut être traitée comme un simple fait administratif ». Elle interroge sur l’équilibre du processus, sa représentativité et, in fine, sa crédibilité.

L’ancien chef de l’État ivoirien est une  figure historique de la vie politique du champion d’Afrique aux 3 étoiles. Il reste exclu de la liste électorale malgré son retour en Côte d’Ivoire. Ainsi que  son acquittement par la Cour pénale internationale. L’enjeu dépasse ici, sa seule candidature. Il soulève une question plus vaste : celle de la légitimité du processus électoral pour laquelle, l’UA,  tente de trouver un équilibre. Notamment  entre le respect des institutions ivoiriennes et la nécessité de prévenir une montée des tensions. Ce, dans un pays qui porte encore les cicatrices des violences post-électorales de 2010-2011.

Une exclusion juridiquement fondée, mais politiquement explosive

La radiation de Laurent Gbagbo repose sur une condamnation à 20 ans de prison pour le « braquage » de l’agence de la BCEAO en 2011. Certes, l’ancien président a été gracié en août 2022, mais sans réhabilitation de ses droits civiques. Techniquement, l’État reste dans les clous juridiques. Mais politiquement, pense-t-on, cette exclusion d’un candidat majeur renforce l’idée d’un  »verrouillage » du jeu démocratique.

Gbagbo n’est pas un opposant lambda. Il est un ancien président, revenu en paix dans son pays après une décennie d’exil et d’isolement judiciaire. Le maintenir à l’écart de la compétition présidentielle alimente un ressentiment fort chez ses partisans, et ravive un sentiment d’injustice dans une partie de la population. Sa déclaration récente : « ils veulent qu’on se batte, qu’ils sachent qu’on se battra », sonne comme un avertissement clair.

Dans ce contexte, l’appel à la rue évoqué par l’ex-Président de la Côte d’Ivoire,  pourrait raviver les vieux démons de la politique ivoirienne : le face-à-face entre exclusion institutionnelle et mobilisation populaire. À cela s’ajoute une interrogation persistante : la Côte d’Ivoire peut-elle organiser une élection libre, pluraliste et apaisée, sans inclure toutes ses grandes figures politiques ?

Loba Perez

Équipe LeJourPile