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CEDEAO: Maada Bio à la tête d’ une présidence attendue au tournant

ByÉquipe LeJourPile

Juin 23, 2025

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C’est dans un climat de turbulences régionales et de scepticisme croissant envers les institutions que Julius Maada Bio, président de la Sierra Léone, a été porté ce 22 juin à la tête de la CEDEAO, lors du 67ᵉ sommet des chefs d’État à Abuja. Cette désignation intervient alors que l’organisation ouest-africaine traverse une crise de légitimité, plombée par son incapacité à enrayer les coups d’État, à résoudre les crises sécuritaires, et à incarner une véritable communauté solidaire au service des peuples.

Dans son discours d’investiture, le nouveau président en exercice a dressé un constat sans complaisance : une région « à la croisée des chemins », où les jeunes perdent espoir, les régimes s’effritent, les conflits s’étendent, et où la faim, l’injustice et la corruption prospèrent. Mais derrière ce diagnostic lucide, la question demeure : la CEDEAO est-elle encore en mesure de se réinventer et de répondre aux aspirations populaires ?

Maada Bio promet quatre axes de réforme. Sur le papier : restauration de l’ordre constitutionnel, refonte de l’architecture sécuritaire, accélération de l’intégration économique, et réforme interne de l’organisation. Mais cette feuille de route, déjà maintes fois entendue, reste confrontée à des réalités bien plus rugueuses : des États membres affaiblis, des intérêts géopolitiques divergents, et une bureaucratie lourde, éloignée des citoyens.

Parmi les priorités annoncées, l’accent mis sur le retour à l’ordre constitutionnel dans les pays dirigés par des juntes militaires semble d’emblée voué à l’impasse. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, en rupture ouverte avec la CEDEAO, ont déjà tourné le dos à l’organisation, accusée d’être à la solde de puissances étrangères et incapable d’adopter une posture juste et souveraine.

En matière de sécurité, l’appel à une coordination régionale plus forte sonne comme une évidence, mais sans stratégie commune, ni ressources propres, ni volonté politique ferme, ces ambitions risquent une fois de plus de rester lettre morte. La CEDEAO a montré ses limites face à la montée du terrorisme et à la multiplication des trafics dans le Sahel.

Maada Bio, ancien militaire reconverti en président réformiste, entend incarner une nouvelle génération de leadership. Il a, dans son propre pays, aboli la peine de mort, instauré la gratuité de l’école, et lancé des campagnes anticorruption. Mais sa présidence à la CEDEAO devra faire face à bien plus vaste : une réconciliation entre les peuples et l’idée même d’intégration régionale, aujourd’hui perçue comme un projet technocratique, opaque, et déconnecté des urgences sociales.

En affirmant que « l’avenir de l’Afrique de l’Ouest n’est pas un déclin, mais une possibilité », Julius Maada Bio esquisse une vision volontariste. Reste à savoir s’il parviendra, dans un contexte de défiance et de tensions, à faire de cette présidence autre chose qu’un exercice diplomatique de plus. La CEDEAO n’a plus droit à l’erreur : elle doit choisir entre un sursaut historique ou une lente érosion de sa pertinence.

Loba Perez

Équipe LeJourPile