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Mali : La diaspora, le levier vital pour un développement maîtrisé

ByÉquipe LeJourPile

Juil 18, 2025

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À Bamako, le 17 juillet 2025, les mots ont cédé la place à une volonté assumée d’agir. Le tout premier Forum international de la Diaspora malienne s’est ouvert sous la présidence du Premier ministre, le général Abdoulaye Maïga, avec un message clair : il est temps que le Mali cesse de considérer ses expatriés comme de simples pourvoyeurs de devises, et les reconnaisse enfin comme des bâtisseurs à part entière de la nation.

Car les chiffres sont sans appel. En 2023, près de 700 milliards de FCFA ont été transférés par les Maliens de l’extérieur vers leur pays d’origine. Soit 5 % du PIB national. Une contribution supérieure à l’aide publique au développement, et pourtant encore trop peu canalisée vers des projets structurants.

Face à ce constat, le Forum réunit à Bamako des délégués venus de 77 pays autour du thème : « Les enjeux et défis pour une diaspora au cœur du développement économique national ». Cette mobilisation inédite reflète la pluralité et la puissance d’un peuple au-delà des frontières, dont les racines plongent profondément dans les terres du Sahel, mais dont les branches s’étendent jusqu’en Europe, en Amérique du Nord et à travers toute l’Afrique de l’Ouest.

La diaspora malienne, estimée à 4 à 6 millions de personnes, ce sont des ouvriers, des commerçants, des ingénieurs, des médecins, des femmes battantes et des jeunes visionnaires. C’est une richesse humaine colossale encore sous-exploitée. Le Premier ministre l’a reconnu, affirmant la nécessité d’institutionnaliser ce lien vital à travers des outils concrets : un guichet unique dédié à l’investissement diasporique, des mesures fiscales incitatives, une stratégie nationale d’investissement, et même une étude sur la création d’une banque d’investissement de la diaspora.

Mais ce n’est pas tout. En 2023, la nouvelle Constitution a franchi un cap historique : la diaspora aura désormais voix au chapitre au Parlement malien. Une reconnaissance politique qui vise à faire rimer contribution financière avec citoyenneté pleine et entière.

Pour le gouvernement, il ne s’agit plus simplement de remercier la diaspora pour son rôle social ou de saluer sa solidarité. Il s’agit désormais de lui donner les moyens d’agir, de construire, d’investir, dans un Mali qui aspire à la souveraineté économique, à la paix et à la dignité retrouvée.

Pendant trois jours, les débats porteront sur la gouvernance migratoire, la valorisation des compétences expatriées, et l’élimination des blocages administratifs qui freinent l’engagement concret de ces millions de Maliens éparpillés à travers le monde. Car dans un contexte de crise sécuritaire et climatique, faire de la migration un pilier du développement, c’est affirmer haut et fort que le destin du Mali se joue aussi à Paris, à Abidjan, à Toronto ou à Dakar.

Un virage stratégique est amorcé. Reste à l’État malien de le concrétiser dans la durée, pour que la diaspora cesse d’être un atout oublié, et devienne le moteur affirmé d’un développement endogène, souverain et résolument tourné vers l’avenir.

Loba Perez