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Affaire Alino Faso : le procureur d’Abidjan réfute les accusations de torture au cœur d’une crise diplomatique régionale

ByÉquipe LeJourPile

Août 12, 2025

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Dans une intervention télévisée rare, le procureur d’Abidjan a fermement nié les allégations de mauvais traitements dans l’affaire Alino Faso, activiste burkinabè décédé en détention en Côte d’Ivoire. Alors que Ouagadougou parle d’« assassinat » et réclame vérité et justice, cette affaire exacerbe les tensions diplomatiques entre les deux pays et menace la stabilité régionale.

Face à une polémique grandissante, Oumar Braman Koné, procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan, a choisi de prendre la parole dimanche soir sur NCI pour clarifier les circonstances entourant la mort d’Alino Faso, décédé le 24 juillet dernier en détention.

Le magistrat a rappelé que l’activiste burkinabè, poursuivi pour complot contre l’autorité de l’État et espionnage devant la section antiterroriste, bénéficiait de conditions de détention « privilégiées ». Il a précisé qu’Alino Faso avait accès à trois repas quotidiens dont le menu était à sa discrétion, ainsi qu’à la télévision. L’internement à l’école des gendarmes, loin de la maison d’arrêt, visait selon lui « sa propre sécurité ».

Refusant catégoriquement les accusations de torture, Oumar Braman Koné a affirmé : « Non, ça n’engage que ceux-là, sinon l’enquête est assez claire là-dessus. » Il a confirmé l’ouverture d’une information judiciaire confiée au doyen des juges d’instruction, sans toutefois donner plus de détails.

Cette prise de parole intervient alors que le gouvernement burkinabè, dénonçant un « assassinat crapuleux », a lancé sa propre enquête judiciaire et convoqué la chargée d’affaires de l’ambassade ivoirienne à Ouagadougou. Il réclame le rapatriement immédiat du corps et la « manifestation totale de la vérité » sur ce décès.

Plus qu’un simple différend judiciaire, cette affaire s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques plus larges. Elle fragilise les relations entre la Côte d’Ivoire, pilier de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), et le Burkina Faso, membre de la Confédération des États du Sahel (AES), actuellement en désaccord avec les institutions régionales traditionnelles.

Les désaccords, notamment sur la présidence tournante de l’UEMOA et la gestion du franc CFA, ont déjà conduit à des sorties fracassantes de la part des États sahéliens lors des dernières réunions. La défiance grandissante menace désormais d’entraver les négociations en cours entre la Cédéao et l’AES, essentielles pour la stabilité et la coopération dans la région.

La mort d’Alino Faso, devenu un symbole pour une partie des militants sahéliens, cristallise ces fractures profondes entre souveraineté nationale et intégration régionale. Face à cette crise, la fermeté du procureur ivoirien traduit la pression exercée par Ouagadougou et la gravité des enjeux sous-régionaux.

Alors que les regards restent braqués sur cette affaire, l’appel à la transparence et à la justice demeure un défi majeur pour la paix et la stabilité en Afrique de l’Ouest.

Équipe LeJourPile