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Abidjan s’est réveillée tôt, le 25 octobre 2025. Le soleil s’est levé sur des files discrètes, des visages fatigués, et un silence étrange. Pas de ferveur, pas de liesse. Juste cette impression qu’on rejoue, une fois encore, une pièce dont la fin est déjà connue, laisse entendre une riveraine, non loin d’un bureau de vote situé dans la plus grande commune d’Abidjan.
La Côte d’Ivoire vote, oui. Mais croit-elle encore à son propre bulletin ?
Dans les quartiers, les murmures remplacent les slogans. « Pourquoi voter si tout est déjà écrit ? » souffle un jeune vendeur de cocotchas(viande de porc), à Yopougon. Il regarde les forces de l’ordre, casquées, alignées comme des témoins muets d’une démocratie sous contrôle.
Pendant ce temps, au Lycée Sainte-Marie de Cocody, le président Alassane Ouattara glisse son bulletin dans l’urne, entouré de caméras et de sourires officiels.
« Allez voter, c’est important, surtout pour le président de la République », dit-il calmement.
Un message en apparence rassembleur, mais qui sonne comme un écho vide dans les ruelles poussiéreuses du pays profond.
Car la fracture est là, béante : d’un côté le pouvoir sûr de lui, de l’autre une opposition divisée, affaiblie, parfois même résignée.
De son côté, Jean-Louis Billon garde foi dans la jeunesse
« C’est un tournant décisif. Les jeunes doivent exprimer leur désir de changement. », lance -t-il.
Mais cette jeunesse, justement, n’en peut plus des tournants qui ne mènent nulle part. Elle veut des routes droites, des emplois dignes, une parole vraie. Pas un éternel recommencement.
Henriette Lagou parle de « devoir citoyen », Ahoua Don Mello de « voix des urnes », et Simone Ehivet Gbagbo, dans un souffle presque mystique, espère que: « le soir venu, les Ivoiriens seront heureux des décomptes et de la proclamation de ma victoire. »
Tous votent. Tous espèrent.
Le peuple, lui, observe, lucide, fatigué, mais toujours digne.
Car au fond, cette présidentielle n’est pas qu’une affaire de bulletins. Pour certains, c’est un miroir tendu à la nation.
Celui d’un pays qui aspire à la paix, mais réclame la justice.
D’un peuple qui veut la stabilité, mais refuse l’immobilisme.
D’une démocratie qui s’affiche, mais peine à respirer.
La Côte d’Ivoire n’a pas seulement besoin d’un président.
Elle a besoin d’un souffle.
D’un projet.
D’une promesse tenue.
Car, souligne-t-on, les urnes peuvent contenir des bulletins, mais jamais l’espoir d’un peuple qu’on trahit trop souvent.
Et si ce 25 octobre devait marquer un véritable tournant, ce ne serait pas celui du pouvoir. Ce serait celui de la conscience.
Ljp
