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C’est une journée de crise qui restera dans les annales politiques ouest-africaines. Renversé à Bissau et sous pression, Umaro Sissoco Embaló a passé des heures à appeler, négocier et implorer pour éviter l’arrestation. Hier, l’ancien président bissau-guinéen a multiplié les coups de fil à plusieurs dirigeants africains, cherchant un pays prêt à lui ouvrir ses portes.
Selon Confidentiel Afrique, Brazzaville a été la première à tendre la main. Denis Sassou N’Guesso aurait immédiatement répondu à ses appels, tandis que d’autres capitales hésitaient, préférant jauger l’évolution de la crise avant de s’engager.
Finalement, c’est Dakar qui a tiré Embaló des griffes de la tourmente.
Le Sénégal déclenche une opération d’exfiltration en urgence
Dans la soirée de jeudi, le gouvernement sénégalais a confirmé que Sissoco Embaló avait été exfiltré puis rapatrié à Dakar. L’opération, menée « sous la conduite personnelle » du président Bassirou Diomaye Faye, a mobilisé un aéronef spécialement affrété pour extraire non seulement l’ancien président, mais aussi plusieurs responsables politiques et observateurs électoraux menacés par les violences à Bissau.
Cette intervention survient alors que la CEDEAO, réunie en sommet extraordinaire, a condamné sans détour la tentative de prise de pouvoir par la force. Le Sénégal y a joué un rôle déterminant, appelant au rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel et à la protection des civils.
Paris se retire, l’Afrique s’organise
Autre élément clé des coulisses diplomatiques : la France. Longtemps considéré comme un interlocuteur privilégié d’Embaló, Emmanuel Macron aurait, selon les sources, pris ses distances depuis plusieurs mois. Une mise à l’écart qui a resserré encore davantage les marges de manœuvre de l’ex-président, contraint de se tourner vers ses pairs africains.
Abidjan agit vite : un avion envoyé en pleine nuit
La Côte d’Ivoire, elle, est passée à l’action. Selon plusieurs sources concordantes, le président Alassane Ouattara a dépêché en urgence un avion spécial à Bissau dans la nuit pour sécuriser une exfiltration d’Embaló. Une initiative qui illustre la réactivité d’Abidjan dans les moments critiques, ainsi que son influence diplomatique croissante en Afrique de l’Ouest.
Des tractations tendues avec Dakar
Les discussions avec Dakar auraient toutefois été laborieuses. Dans un premier temps, Bassirou Diomaye Faye était injoignable, poussant Sassou N’Guesso à passer par le directeur de cabinet sénégalais, Mary Teuw Niane. Une conversation décisive pour débloquer la situation et ouvrir la voie à l’accueil d’Embaló.
Une crise qui redessine les équilibres régionaux
Avec son arrivée « saine et sauve » à Dakar, la crise bissau-guinéenne prend une nouvelle dimension. L’exfiltration d’un chef d’État en exercice ou sortant demeure un événement rare en Afrique de l’Ouest. Elle révèle :
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une CEDEAO fragilisée, mais encore capable d’action,
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une Côte d’Ivoire prompte à intervenir,
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un Sénégal devenu refuge stratégique,
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une Afrique centrale (Brazzaville) prête à jouer les médiateurs,
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et une France en retrait.
L’avenir d’Embaló reste incertain : refuge temporaire, négociations en coulisses ou transition vers un autre pays ?
Mais une chose est sûre : la crise bissau-guinéenne, loin d’être terminée, rebat les cartes du leadership diplomatique en Afrique de l’Ouest.
LJP
