• sam. Fév 7th, 2026

Putsch manqué au Bénin : Patrice Talon exige la remise des suspects réfugiés au Niger

ByÉquipe LeJourPile

Déc 19, 2025

👁 3,269 vues

La tension diplomatique s’intensifie entre le Bénin et le Niger à la suite de la tentative de coup d’État avortée du 7 décembre 2025. Le président béninois Patrice Talon a publiquement mis en cause la responsabilité de Niamey, exigeant la livraison des putschistes présumés qui se seraient réfugiés sur le territoire nigérien.

Lors d’une déclaration faite le jeudi 18 décembre, le chef de l’État béninois a affirmé que des mandats d’arrêt ont été émis et transmis aux pays concernés. Sans citer nommément le régime nigérien, Patrice Talon a clairement interpellé les autorités dirigées par le général Abdourahamane Tiani. « Nous avons sollicité la coopération des États voisins afin que les auteurs de cette tentative soient remis à la justice », a-t-il indiqué, avant d’ajouter qu’un refus de coopération serait lourd de sens.

Des indices troublants à la frontière bénino-nigérienne

Les propos du président Talon interviennent alors que des informations issues de l’enquête font état d’un déploiement militaire nigérien inhabituel à la frontière avec le Bénin. Selon plusieurs sources sécuritaires, deux unités des Forces armées nigériennes (FAN) auraient été positionnées à Gaya, ville frontalière, dès le 5 décembre, soit quarante-huit heures avant l’attaque manquée à Cotonou.

Ces troupes, placées sous le commandement d’un officier venu spécialement de Maradi, auraient reçu pour instruction de se replier aussitôt après l’échec du putsch, dans la nuit du 7 au 8 décembre. Aucune communication officielle n’a jamais expliqué la nature de cette mission.

Autre fait jugé suspect : le retrait des conteneurs obstruant le pont entre Gaya et Malanville, la veille de l’attaque, facilitant un passage rapide entre les deux pays.

Entre enjeux économiques et calculs sécuritaires

Les enquêteurs explorent deux pistes principales. La première concerne le transit de l’uranium nigérien par le port de Cotonou, source de tensions récurrentes entre les deux États. Les troupes déployées auraient pu être destinées à sécuriser ce corridor stratégique en cas de changement de pouvoir au Bénin.

La seconde hypothèse, plus sensible, évoque une force de soutien prête à intervenir pour consolider un régime issu du putsch, notamment face à une éventuelle réaction de la CEDEAO.

Le colonel Tigri au centre des soupçons

Au cœur du dossier se trouve le colonel Pascal Tigri, présenté comme l’architecte de la tentative de déstabilisation. D’après des sources proches de l’enquête, des contacts directs auraient été établis entre Tigri et des personnalités nigériennes réputées proches du cercle du général Tiani, notamment dans les services de renseignement dirigés par Balla Arabé.

Ces sources évoquent également des appuis financiers et des rencontres discrètes à Niamey. Une activité jugée suspecte aurait été observée dans une villa officielle sécurisée, à proximité immédiate du palais présidentiel nigérien, laissant supposer la présence d’individus recherchés.

Un ultimatum à peine voilé

Face à ces éléments, Patrice Talon a adopté un ton ferme tout en laissant une issue diplomatique. « La remise du colonel Tigri est la seule option susceptible de lever les soupçons », a-t-il insisté, estimant qu’un refus placerait Niamey dans une position difficilement défendable.

Pour de nombreux analystes, la probabilité d’une extradition reste faible. Si le Niger venait à refuser, les relations entre les deux pays pourraient s’enfoncer dans une crise durable, sur fond de rivalités sécuritaires, de contrôle des axes commerciaux et d’équilibres géopolitiques fragiles en Afrique de l’Ouest.

Ljp

Équipe LeJourPile