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L’ancien président de la transition burkinabè, Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été arrêté la semaine dernière au Togo, où il vivait en exil, avant d’être expulsé, selon plusieurs sources sécuritaires régionales et togolaises concordantes. Renversé en 2022 et régulièrement accusé par la junte au pouvoir à Ouagadougou de fomenter des tentatives de coups d’État, l’ex-lieutenant-colonel aurait été brièvement jugé pour « tentative de déstabilisation » avant d’être conduit à l’aéroport. Sa destination finale n’a pas été officiellement confirmée, même si certaines sources évoquent un possible renvoi vers le Burkina Faso.
Ni les autorités togolaises ni celles de Ouagadougou n’ont communiqué publiquement sur cette affaire lundi 19 janvier, dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement sensible. Le Burkina Faso a récemment rétabli la peine de mort, notamment pour les crimes de haute trahison, ce qui alimente les interrogations autour du sort réservé à l’ancien chef de la transition.
Paul-Henri Sandaogo Damiba avait accédé au pouvoir en janvier 2022 à la faveur d’un coup d’État contre le président élu Roch Marc Christian Kaboré, avant d’être lui-même renversé neuf mois plus tard par le capitaine Ibrahim Traoré, toujours à la tête du pays. Contraint à l’exil au Togo, il est depuis présenté par les autorités burkinabè comme le cerveau de plusieurs complots visant à renverser le régime en place.
Début janvier, le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, avait ainsi affirmé à la télévision nationale qu’un projet de déstabilisation prévoyait une série « d’assassinats ciblés » contre des autorités civiles et militaires, dont le capitaine Traoré. Pendant plusieurs jours, des « aveux » de complices présumés ont été diffusés à l’antenne, tous désignant Paul-Henri Sandaogo Damiba comme donneur d’ordres. En avril 2025, une dizaine d’officiers et de sous-officiers avaient également été interpellés dans ce cadre.
Radié de l’armée fin 2024 pour « intelligence avec une puissance étrangère ou des groupes terroristes », l’ancien président de la transition était déjà présenté comme une figure centrale d’un vaste complot déjoué quelques mois plus tôt. Depuis son arrivée au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré affirme régulièrement avoir mis en échec des tentatives de déstabilisation, imputées en grande partie à son prédécesseur.
Sur le plan régional, cette arrestation intervient alors que le Burkina Faso demeure confronté à une grave crise sécuritaire marquée par des violences djihadistes meurtrières. Engagé dans une politique souverainiste et anti-impérialiste, le régime de Ouagadougou s’est rapproché du Mali et du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), tout en quittant la Cedeao. Le Togo, membre de l’organisation ouest-africaine, entretient néanmoins des relations étroites avec les pays de l’AES et joue un rôle stratégique en raison de son accès à la mer, indispensable à ces États enclavés.
Ljp
