👁 5,861 vues
La récente audience entre le président malien, Assimi Goïta, et le général Daouda Traoré, commandant de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (AES), marque un tournant dans l’architecture sécuritaire sahélienne. Cette initiative des États membres: Mali, Burkina Faso et Niger, peut être analysée à travers le prisme des dispositifs régionaux précédents.
De la Force multinationale du G5 Sahel à la Force unifiée de l’AES
La Force multinationale du G5 Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie et Tchad), créée en 2017, visait à coordonner les efforts militaires contre le terrorisme. Elle a toutefois souffert de problèmes structurels :
-
financements instables et dépendance à l’aide internationale,
-
coordination difficile entre forces nationales aux doctrines et niveaux opérationnels différents,
-
difficultés logistiques et lenteur dans le déploiement sur le terrain.
La Force unifiée de l’AES, par contraste, est conçue comme un dispositif plus restreint mais intégré, comptant environ 5 000 hommes, avec un commandement unique et des ressources mutualisées entre les trois États. Cette configuration vise à réduire les contraintes de coordination et à renforcer l’autonomie régionale.
Une souveraineté renforcée
Contrairement au G5 Sahel, où l’intervention internationale (notamment française et européenne) restait centrale, l’AES s’inscrit dans une logique d’autonomie. La Confédération cherche à maîtriser elle-même ses moyens opérationnels, ses stratégies de déploiement et son calendrier, limitant la dépendance aux bailleurs extérieurs.
Mutualisation ciblée et flexibilité
Alors que le G5 avait une approche globale, couvrant l’ensemble du Sahel, la Force unifiée de l’AES adopte une stratégie plus ciblée, concentrée sur les zones les plus sensibles et sur les capacités militaires réelles des trois États. Cette approche pourrait permettre une réactivité plus rapide face aux menaces locales tout en limitant les coûts logistiques.
Perspectives d’efficacité
L’expérience du G5 Sahel a montré que les ambitions régionales ne suffisent pas si la coordination politique et militaire est faible. La Force unifiée de l’AES bénéficie d’un commandement centralisé avec des orientations claires, ce qui pourrait améliorer la planification opérationnelle et la discipline sur le terrain. La nomination du général Daouda Traoré traduit cette volonté de professionnalisation et d’uniformisation des standards opérationnels.
Si elle reste en phase de montée en puissance, la Force unifiée de l’AES représente un apprentissage direct des limites des dispositifs précédents. En concentrant ses efforts sur l’intégration régionale, la mutualisation des moyens et l’autonomie stratégique, elle pourrait constituer un modèle plus efficace et durable pour la sécurité sahélienne, tout en réaffirmant la souveraineté des États membres sur leurs propres opérations militaires.
Ljp
