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Estimant que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire, Valérie Yapo, membre du Bureau politique du PDCI-RDA, a demandé ce lundi 9 février 2026 la démission formelle de Tidjane Thiam de la présidence du parti. Elle dénonce une gouvernance « à distance », une marginalisation des instances statutaires et une perte d’ancrage politique et électoral.
Réunie face à la presse, Valérie Yapo dit avoir pris la parole « par devoir politique », mais aussi par « loyauté envers le PDCI-RDA » et fidélité à l’héritage des présidents Félix Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié. Tirant une nouvelle fois la sonnette d’alarme, elle interpelle les doyens et dignitaires du parti, estimant que la situation actuelle exige un sursaut collectif.
« Le PDCI-RDA ne peut être dirigé à distance, par procuration ou via les réseaux sociaux, et encore moins dans une phase aussi critique de son existence », a-t-elle martelé. La cadre du parti fustige une « prétendue restructuration » engagée, selon elle, sur instruction du président Tidjane Thiam, depuis l’étranger, à travers des contributions financières jugées opaques et des pratiques qui contournent les instances habilitées que sont le Bureau politique et le Congrès.
Une gouvernance contestée
Pour Valérie Yapo, le silence face à cette situation équivaudrait à une forme de complicité. « Se taire, c’est donner caution au faux et à la forfaiture », affirme-t-elle, justifiant ainsi son appel à l’action. En conséquence, elle formule trois exigences majeures : la démission formelle de Tidjane Thiam de la présidence du PDCI-RDA, la réalisation d’un audit « complet, indépendant et transparent » de la gestion du parti depuis décembre 2023, et la convocation d’un Bureau politique « dans les règles de l’art » afin d’engager une restructuration crédible et rassembleuse.
La responsable politique dit refuser que le PDCI-RDA devienne « un parti refermé sur lui-même, coupé de sa base », dominé par des cercles restreints et des pratiques éloignant les militants du terrain. Elle rejette également toute banalisation des défaites électorales successives, qu’elle juge révélatrices d’un malaise profond.
Appel aux doyens et alerte sur les fractures internes
S’adressant directement aux hauts cadres du parti, Valérie Yapo s’interroge : « Combien de temps encore allez-vous laisser la forfaiture prospérer dans notre parti politique ? » Elle les exhorte à agir pour éviter que « les morceaux restants du PDCI-RDA » ne soient dispersés, appelant à une mobilisation immédiate pour sauver le parti.
Selon elle, depuis la disparition du président Henri Konan Bédié et l’accession de Tidjane Thiam à la tête du PDCI-RDA, le parti traverse « l’une des périodes les plus sombres de son histoire ». Un constat qu’elle dit « politique, factuel et mesurable », évoquant une division interne accrue, l’absence de dialogue, le non-respect des textes et des usages, ainsi qu’une direction jugée imposante plutôt que rassembleuse.
Revers électoraux et perte d’influence
Valérie Yapo pointe également la crise au sein du groupe parlementaire PDCI-RDA, marquée par la désignation contestée de son président et la menace d’un groupe dissident. Elle dénonce des décisions prises hors des cadres habituels, des réunions expéditives et l’imposition de choix sans débat interne.
Sur le plan électoral, elle rappelle l’absence du PDCI-RDA à l’élection présidentielle du 25 octobre dernier, pour la troisième fois consécutive, et les résultats jugés « catastrophiques » des législatives du 27 décembre 2025. De près d’une centaine de députés il y a deux législatures, le parti est passé à 32 élus, soit moins de la moitié de son précédent effectif parlementaire.
Pour la militante, ces chiffres traduisent une crise « profonde, structurelle et politique », marquée par une rupture entre la direction et la base, une perte d’ancrage territorial et une désorganisation des structures traditionnelles.
« Le PDCI-RDA est plus grand qu’un homme »
Insistant sur le caractère non personnel de sa démarche, Valérie Yapo affirme agir dans l’intérêt supérieur du parti. Elle évoque la nécessité d’une « pause stratégique au sommet », d’un large dialogue interne et d’une gouvernance apaisée, fidèle à l’ADN houphouëtiste du PDCI-RDA.
Elle s’interroge enfin sur l’absence prolongée du président Tidjane Thiam à l’étranger, depuis près d’un an, sans explication claire aux militants. « Le PDCI-RDA n’appartient à personne. Il appartient à ses militants, à son histoire et à l’avenir de la Côte d’Ivoire », a-t-elle insisté.
À deux mois du 80ᵉ anniversaire du parti, Valérie Yapo appelle cadres et militants à faire de cet âge « celui de la maturité et de la sagesse », et non du déclin. « Il est temps de remettre résolument sur les rails le plus ancien parti bâtisseur de la Côte d’Ivoire moderne », conclut-elle, appelant à une renaissance du PDCI-RDA « tel le phénix renaissant de ses cendres ».
Loba Perez
