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Le mercredi 25 février 2026, l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire(Unjci), a offert un spectacle pour le moins inattendu. Réunis en congrès extraordinaire à la Maison de la Presse d’Abidjan, des journalistes venus débattre de l’avenir de leur organisation se sont retrouvés au cœur d’une scène digne d’un film d’action… version salle climatisée. Entre cris, bousculades et vote à main levée controversé, la prorogation des instances a pris des allures de bras de fer épique.
Une ambiance électrique dès l’ouverture
Il est un peu plus de 10 heures lorsque les congressistes prennent place. L’ordre du jour ? Sauver les meubles institutionnels avant l’expiration des mandats prévue à minuit. Sur le papier, l’exercice ressemble à une formalité administrative. Dans la réalité, c’est un volcan prêt à entrer en éruption.
À la tribune, Bertin N’Guessan, président du Conseil d’administration, invoque « la paralysie totale du Conseil exécutif » et brandit l’article 15 des statuts comme un parapluie en pleine tempête. Objectif affiché : assurer la continuité des instances dirigeantes dont les mandats arrivent à terme le 26 février à zéro heure.
Mais dans la salle, certains journalistes lèvent déjà les sourcils. D’autres lèvent la voix.
« Congrès illégal ! » : la contestation s’organise
Très vite, plusieurs congressistes dénoncent l’irrégularité de la convocation. Ils pointent du doigt l’absence d’un bureau du congrès pour encadrer les travaux, une étape jugée essentielle pour la légitimité des décisions.
Les échanges s’enveniment. Les micros chauffent. Les chaises grincent. Les caméras filment. Et les téléphones crépitent.
En quelques minutes, le débat statutaire se transforme en duel verbal. Puis en mêlée confuse.
Des bousculades éclatent. Des altercations opposent des confrères qui, la veille encore, partageaient plateaux télé et conférences de rédaction. Au moins un blessé est signalé. Policiers et gendarmes présents sur les lieux tentent de rétablir le calme. Mission délicate : calmer des professionnels du verbe n’est pas une mince affaire.
Un vote express dans la tempête
Malgré l’agitation, un vote à main levée est organisé pour décider du maintien du mandat de Jean Claude Coulibaly.
Le décor ? Une salle agitée, des voix qui s’interpellent, des regards qui s’affrontent.
Le protocole ? Minimaliste.
Sans comptage formel ni consultation visible du camp opposé, la décision est proclamée acquise par Bertin N’Guessan. Une annonce qui tombe comme un couperet. Et qui, loin d’apaiser les tensions, les ravive.
Certains congressistes quittent la salle, dénonçant une méthode unilatérale. D’autres restent, médusés. Les forces de l’ordre finissent par intervenir pour évacuer les lieux et éviter que la situation ne dégénère davantage.
Une prorogation sous haute contestation
En soirée, un communiqué officialise la prorogation des instances. Mais l’encre à peine sèche, la contestation reprend de plus belle.
Pour Félix Bony, la logique est implacable : « À partir de ce soir, à zéro heure, les instances n’existent plus. Qui proroge quoi ? » Une formule lapidaire qui résume le malaise.
La justice, saisie par un collectif d’opposants avant même la tenue du congrès, s’était déclarée incompétente pour entériner cette prorogation. Résultat : aucun arbitre institutionnel pour départager les camps. La crise demeure entière.
Une corporation face à son miroir
Ironie du sort : cette scène mouvementée se déroule au sein d’une organisation censée défendre l’éthique, la rigueur et la transparence dans l’espace public. Le contraste n’a échappé à personne.
Au-delà des éclats de voix et des gestes brusques, c’est une question de gouvernance qui se pose. Comment sortir de l’impasse sans fragiliser davantage l’image de la corporation ? Comment restaurer la confiance entre des confrères désormais divisés ?
Pour l’heure, l’UNJCI se retrouve dans une zone grise institutionnelle. Entre prorogation contestée et légitimité disputée, l’organisation navigue à vue.
Une chose est sûre : ce congrès extraordinaire restera dans les annales. Non pas pour la finesse des débats, mais pour l’intensité d’un épisode qui aura transformé une réunion statutaire en véritable théâtre politique.
Rideau provisoire. La suite s’écrira peut-être devant les tribunaux… ou autour d’une table de médiation, loin des micros et des caméras.
Loba Christo
