👁 9,181 vues
Abidjan accueille depuis ce mardi 28 avril 2026 une rencontre majeure qui pourrait redessiner l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest. Réunis sous l’impulsion de la Commission de la CEDEAO, experts régionaux, autorités gouvernementales, décideurs économiques et partenaires privés participent à une série de travaux de haut niveau visant à harmoniser les politiques nationales et à accélérer la construction effective du marché commun ouest-africain.
Durant cinq jours, la capitale économique ivoirienne devient le centre névralgique d’une réflexion stratégique autour d’un objectif ambitieux : renforcer l’intégration régionale pour faire du commerce intra-communautaire, notamment dans le secteur alimentaire, un moteur durable de croissance et de stabilité.
Placée sous le thème : « Bâtir le marché commun de la CEDEAO : Renforcer le commerce intra-régional des produits alimentaires en Afrique de l’Ouest », cette rencontre s’inscrit dans le prolongement de la Vision 2050 de la CEDEAO et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Les échanges portent sur plusieurs secteurs jugés essentiels à la transformation régionale : agriculture, investissement, commerce, gouvernance, environnement, avec un accent particulier sur la gestion des déchets plastiques, ainsi que la sécurisation intelligente des frontières.
À l’ouverture des travaux, Hermore Sahr, vice-ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire de Sierra Leone, a rappelé l’urgence d’une réponse collective face aux défis régionaux, soulignant que l’intégration n’est plus un simple idéal politique, mais une exigence économique et stratégique.
« Notre force collective réside dans notre capacité à travailler ensemble pour relever des défis qu’aucun État ne peut résoudre seul », a-t-il affirmé, insistant sur le rôle fondamental de l’agriculture dans la stabilité économique et sociale de la région.
Pour lui, l’Afrique de l’Ouest doit impérativement lever les obstacles non tarifaires, harmoniser les règles douanières et aligner les politiques agricoles nationales afin de fluidifier la circulation des denrées alimentaires et de maximiser le potentiel agricole régional.
L’objectif : garantir une meilleure sécurité alimentaire, créer davantage d’emplois et stabiliser les marchés dans un espace communautaire encore confronté à des vulnérabilités structurelles.
Représentant le ministre ivoirien de l’Intégration africaine, Jean Louis Moulot a, pour sa part, insisté sur la nécessité de moderniser la libre circulation, considérée comme l’un des acquis les plus précieux de la CEDEAO.
Selon lui, cet acquis doit désormais s’appuyer sur des systèmes frontaliers performants, interconnectés et technologiquement sécurisés, capables de concilier fluidité commerciale et impératifs sécuritaires.
Dans un contexte régional marqué par des tensions politiques et sécuritaires, la Côte d’Ivoire réaffirme ainsi que l’intégration ouest-africaine demeure une responsabilité collective au service des populations.
Le constat dressé par Khalilou Sylla, représentant du président de la Commission de la CEDEAO, a renforcé le sentiment d’urgence. Malgré une récolte record estimée à 80 millions de tonnes de céréales en 2025, la région reste exposée à une insécurité alimentaire récurrente.
« Il n’est pas acceptable que notre région connaisse une crise alimentaire tous les deux ans alors qu’elle dispose d’un potentiel immense », a-t-il déclaré, appelant les États membres à dépasser le stade des intentions pour entrer dans celui des actions concrètes.
Pour la CEDEAO, l’enjeu est désormais de bâtir un écosystème économique régional cohérent, capable de transformer les ressources disponibles en prospérité partagée.
Les conclusions de ces assises d’Abidjan pourraient ainsi constituer une étape déterminante vers une Afrique de l’Ouest plus intégrée, plus résiliente et plus compétitive.
À travers cette dynamique, la CEDEAO envoie un message fort : le temps des ambitions théoriques est révolu ; place désormais à l’action pour construire un marché commun capable de porter durablement la souveraineté économique de l’Afrique de l’Ouest.
Sonia Coulibaly
