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La Côte d’Ivoire accueille depuis ce lundi 5 octobre 2026 la première édition des Journées foncières d’Abidjan (JFA). Réunis au Parc des expositions d’Abidjan pour trois jours de travaux, plus de 2 000 participants venus de plusieurs horizons du continent explorent les moyens de faire de la sécurisation foncière un instrument de paix, d’investissement et de développement durable.
Ministres africains, responsables publics, experts, universitaires, partenaires au développement et professionnels du foncier se retrouvent autour d’une question devenue centrale pour de nombreux États : comment mieux sécuriser la terre afin de prévenir les conflits tout en favorisant l’investissement et l’emploi ?
Le thème de cette première édition résume cette ambition : « La sécurisation foncière : un facteur de cohésion sociale et un levier pour l’investissement productif, la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, ainsi que le développement durable ».
Quand la terre devient une source de tensions
Pour Bruno Nabagné Koné, ministre ivoirien de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, la problématique foncière ne peut plus être considérée comme une simple question administrative.
La terre constitue à la fois un patrimoine familial, un moyen de production, un facteur d’investissement et un marqueur d’identité. Sa gestion demeure donc particulièrement sensible et peut alimenter des tensions sociales lorsque les droits ne sont pas clairement établis.
Le ministre a notamment pointé la méconnaissance des textes et l’ancienneté de certains mécanismes de gestion foncière, dont plusieurs remontent aux premières années des indépendances africaines.
Cette nécessité de réforme avait déjà été soulignée lors de précédentes rencontres internationales consacrées au foncier, notamment à Washington en mai 2025 et à Addis-Abeba en novembre 2025.
Pour Téné Birahima Ouattara, la sécurisation foncière est aussi une question de paix
À l’ouverture des JFA, le vice-Premier ministre, ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a insisté sur la dimension stratégique du foncier.
L’accès à la terre, la protection des droits et la prévention des conflits sont, selon lui, des conditions essentielles pour consolider la paix et instaurer un climat de confiance entre les communautés et les investisseurs.
Dans cette perspective, il a appelé les États africains à renforcer la transparence, la modernisation et la coopération, notamment en exploitant davantage les possibilités offertes par le numérique.
La digitalisation apparaît ainsi comme l’un des leviers susceptibles d’améliorer la connaissance des territoires, la gestion des parcelles et la sécurisation des droits.
L’expérience ivoirienne mise en avant
La Côte d’Ivoire entend faire valoir les résultats obtenus à travers la mise en place de l’Agence Foncière Rurale (AFOR).
Bruno Koné a notamment comparé la situation de 2017 aux données actuelles. Le nombre de villages délimités et bornés est passé de 284 à 5 786. Dans le même temps, 68 000 certificats fonciers ont été délivrés et 86 447 contrats agraires signés.
Malgré ces avancées, le chantier reste considérable. Selon le ministre, environ 23 millions d’hectares doivent encore être sécurisés dans le domaine rural, tandis qu’environ 9 000 localités restent à délimiter. Le pays doit également poursuivre la délivrance d’environ 1,5 million de certificats fonciers et la formalisation d’un nombre équivalent de contrats agraires.
Pour Bruno Koné, ces données représentent surtout des réalités humaines : des familles, des exploitations, des héritages et des conflits potentiels à prévenir.
Il a également cité une évaluation indépendante réalisée en 2025, qui fait état d’un recul d’environ 30 % des conflits fonciers attribué aux actions engagées par l’État.
Une expertise africaine mise en commun
Les JFA 2026 se veulent également un espace de partage d’expériences entre pays africains.
Le Sénégal, pays à l’honneur de cette première édition, met notamment en avant son expérience en matière de cadastre et d’intégration du genre dans les politiques foncières. Sa délégation est conduite par Cheikh Diba, ministre de l’Économie, des Finances et du Plan.
La Mauritanie participe également aux échanges avec Mamoudou Mamadou Niang, ministre des Domaines, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière.
Le Bénin, le Cap-Vert et Madagascar figurent aussi parmi les pays appelés à présenter leurs initiatives et leurs approches dans le cadre de cette réflexion continentale.
Vers une nouvelle gouvernance de la terre
Durant trois jours, le Salon du foncier permettra de présenter les innovations technologiques du secteur. Des conférences de haut niveau, des ateliers thématiques et une table ronde réunissant des ministres africains chargés du foncier compléteront le programme.
En réunissant à Abidjan les principaux acteurs de la question foncière, les JFA 2026 ambitionnent ainsi d’élargir le débat au-delà des frontières ivoiriennes. L’objectif affiché est de rapprocher les expériences nationales et de faire émerger des solutions adaptées aux réalités africaines.
Car sur un continent où la pression démographique, l’urbanisation, l’agriculture et les investissements accentuent la valeur de la terre, mieux connaître, sécuriser et gérer le foncier devient progressivement une condition majeure de stabilité et de développement.
Loba Perez
