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Thomas Sankara, 39 ans après sa mort : à Ouagadougou, Mélenchon appelle à renouer avec l’audace révolutionnaire

ByÉquipe LeJourPile

Oct 15, 2026

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En déplacement à Ouagadougou le 15 octobre 2026, Jean-Luc Mélenchon a rendu hommage à Thomas Sankara, assassiné 39 ans plus tôt. Devant le mémorial consacré à l’ancien président burkinabè, le dirigeant de La France insoumise a célébré son combat contre la dépendance, son engagement pour l’émancipation des femmes et ses initiatives écologiques. Au-delà de la commémoration, il a présenté l’héritage sankariste comme une invitation à rompre avec la résignation et à repenser la souveraineté des peuples.

Quarante ans moins un après sa disparition, Thomas Sankara demeure une référence politique dont la portée dépasse les frontières du Burkina Faso. C’est le message défendu par Jean-Luc Mélenchon, venu se recueillir à Ouagadougou le 15 octobre 2026, accompagné de Mathilde Panot et de Bastien Lachaud.

Au mémorial dédié au père de la révolution burkinabè, le responsable français a résumé sa lecture de cet héritage en une formule : « On peut assassiner un homme, jamais une idée dont le peuple s’empare. » Une déclaration qui situe l’hommage au-delà du souvenir d’un dirigeant disparu, pour en faire une réflexion sur la persistance des idéaux politiques et leur capacité à inspirer de nouvelles générations.

Pour Mélenchon, la disparition de Sankara n’a pas effacé les questions soulevées par son expérience : comment conquérir une véritable autonomie nationale, transformer les rapports sociaux et agir face aux contraintes économiques et environnementales ?

Une visite portée par une démarche politique

Le déplacement de la délégation française trouve notamment son origine dans une initiative parlementaire. Jean-Luc Mélenchon a rappelé qu’au début du mandat du groupe insoumis, Mathilde Panot avait proposé une motion demandant que soient éclaircies les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons.

Cette démarche constitue un fil conducteur de la visite à Ouagadougou. Mais le dirigeant français a également voulu souligner la nécessité de considérer le Burkina Faso comme un espace d’expérience politique et de réflexion, plutôt que comme un simple destinataire de conseils venus d’Europe.

« Nous sommes venus apprendre, pas donner de leçons », a-t-il affirmé. Cette déclaration traduit une volonté de reconnaître la valeur des expériences africaines dans les débats sur le développement, la souveraineté et les transformations sociales.

Dans un contexte où les relations entre l’Afrique et l’Europe restent marquées par des interrogations sur les héritages coloniaux et les rapports de dépendance, cette posture donne à la commémoration une dimension diplomatique et politique.

L’insoumission comme refus de l’impossible

L’un des principaux enseignements que Mélenchon tire de l’action de Sankara réside dans son refus de la résignation. Il présente l’insoumission comme une disposition à contester ce qui paraît inéluctable et à chercher des solutions malgré les contraintes.

Le Burkina Faso des années 1980 faisait face à d’importantes difficultés économiques et climatiques. Dans ce contexte, Sankara avait fait de l’autonomie alimentaire, de la mobilisation populaire et de la transformation des rapports sociaux des priorités de son action politique.

Mélenchon insiste sur cette capacité à entreprendre des changements dans un environnement difficile. Il salue notamment la volonté de promouvoir une plus grande égalité entre les hommes et les femmes, un engagement qu’il juge particulièrement audacieux au regard de son époque.

Cette lecture permet au dirigeant insoumis de présenter Sankara comme une figure dont l’intérêt ne se limite pas à son rôle historique. Son héritage devient, dans son discours, une référence pour tous ceux qui estiment que les structures sociales et économiques peuvent être transformées par l’action collective.

De la révolution à la question écologique

L’écologie occupe une place importante dans l’hommage. Jean-Luc Mélenchon considère que certaines initiatives de Sankara, notamment les opérations de reboisement et la création de la bande verte, témoignaient d’une compréhension précoce des enjeux environnementaux.

Il met en avant une approche dans laquelle la protection de la nature ne peut être dissociée des conditions de vie des populations, de leurs ressources et de leur capacité à assurer leur propre subsistance.

Cette interprétation rejoint une préoccupation actuelle : les conséquences des dérèglements climatiques sont particulièrement lourdes pour les populations dont les activités dépendent directement des ressources naturelles. En évoquant les actions de Sankara, Mélenchon entend rappeler que les politiques environnementales peuvent aussi relever d’un choix de souveraineté et de justice sociale.

Son discours prend ensuite une direction plus directement tournée vers la France. Le responsable politique dénonce la dépendance alimentaire française et invite ses compatriotes à examiner la provenance des produits qu’ils consomment.

« Regarde ton assiette », lance-t-il en substance, appelant à s’interroger sur la capacité de la France à maîtriser son approvisionnement. Le parallèle avec le Burkina Faso de Sankara sert ici à défendre une idée : la souveraineté alimentaire n’est pas uniquement un enjeu pour les pays pauvres, mais une question stratégique pour toutes les nations.

Une mémoire qui dépasse les frontières

Mélenchon établit également un rapprochement entre la révolution burkinabè et la Révolution française. Il évoque les années 1789-1793 pour montrer que des périodes politiques relativement courtes peuvent laisser une empreinte durable sur les sociétés.

Selon cette lecture, la portée d’une révolution ne se mesure pas uniquement à la continuité de ses institutions ou à la survie de ses dirigeants. Elle tient aussi aux idées qu’elle fait émerger et aux interrogations qu’elle transmet aux générations suivantes.

Le responsable français refuse ainsi de réduire l’hommage à une célébration nostalgique. Il estime que la mémoire de Sankara doit plutôt conduire à réfléchir aux moyens de prolonger les combats pour l’émancipation, l’égalité et l’autonomie des peuples.

Il souligne par ailleurs des convergences entre les aspirations de La France insoumise et celles du Balai citoyen, mouvement burkinabè associé aux mobilisations citoyennes. Tout en affirmant ne pas vouloir intervenir dans la politique intérieure du Burkina Faso, il revendique une proximité autour de certaines valeurs et ambitions.

« Oser inventer le futur »

En conclusion, Jean-Luc Mélenchon a appelé à retrouver l’esprit d’initiative qu’il associe à Thomas Sankara. « Le futur, ce n’est pas ce qui va arriver. Le futur, c’est ce que nous allons faire », a-t-il déclaré, reprenant une formule attribuée à Gaston Bachelard.

Cette idée résume le sens de son déplacement : faire de la mémoire du dirigeant burkinabè un point de départ pour interroger les choix du présent. La souveraineté alimentaire, l’égalité entre les femmes et les hommes, la protection de l’environnement et l’émancipation politique constituent autant de terrains sur lesquels cet héritage continue d’être mobilisé.

Trente-neuf ans après son assassinat, Thomas Sankara reste ainsi une figure de référence pour des courants politiques qui voient dans son parcours une illustration de la possibilité de rompre avec les dépendances établies.

Mais célébrer cette audace ne suffit pas à résoudre les défis actuels. L’enjeu consiste désormais à traduire les idéaux invoqués en politiques concrètes, adaptées aux réalités des sociétés contemporaines. C’est dans cette tension entre mémoire et action que l’héritage sankariste conserve toute sa force symbolique et politique.

Ljp