👁 7,643 vues
Après plusieurs mois de fermeture, la Rotonde des Arts, située au Plateau, a, le mercredi 4 mars 2026, rouvert ses portes au public avec le vernissage de l’exposition: « Éclats de Couleurs ». Présentée par les artistes plasticiens Franck‑Philippe N’Dia et Ceko Nihckasson Diabaté, cette exposition explore les réalités sociales africaines à travers des formes artistiques audacieuses mêlant matériaux, textiles et symboles contemporains.
Une réouverture artistique très attendue à Abidjan
Dans le cadre de sa réouverture officielle, la galerie Rotonde des Arts, installée au Plazat Nour Al Hayat dans le quartier administratif du Plateau, a accueilli mercredi 4 mars 2026 le vernissage de l’exposition « Éclats de Couleurs ».
L’événement a rassemblé un public nombreux composé d’amateurs d’art, d’intellectuels et de professionnels de la culture venus découvrir les univers artistiques de Franck‑Philippe N’Dia et Ceko Nihckasson Diabaté.
À travers leurs œuvres, les deux plasticiens proposent une réflexion profonde sur la société contemporaine, les réalités urbaines et les dynamiques sociales qui traversent les villes africaines.
L’univers engagé de Ceko Nihckasson Diabaté

Le travail artistique de Ceko Nihckasson Diabaté s’inscrit dans une démarche qui rappelle l’esprit de l’Arte Povera, courant artistique né en Italie au XXe siècle et caractérisé par l’utilisation de matériaux simples ou récupérés issus de la société industrielle.
Dans ses créations, l’artiste associe écriture et image pour produire un langage visuel qui interroge les réalités sociales et politiques.
Ses œuvres abordent plusieurs thématiques contemporaines, notamment la pauvreté, les difficultés des jeunes issus des quartiers populaires, les dérives religieuses ou encore certaines pratiques politiques.
À travers l’interprétation de l’une de ses œuvres intitulée « Papa, maman au secours », l’artiste évoque notamment les inquiétudes liées à la sécurité des enfants en période électorale dans plusieurs pays africains.
« Dans cette exposition, j’essaie de développer plusieurs thèmes comme les finances, les enlèvements d’enfants ou encore la galère des jeunes des ghettos », a-t-il expliqué devant les visiteurs.
Franck-Philippe N’Dia, entre ingénierie et liberté artistique

De son côté, Franck‑Philippe N’Dia propose une approche artistique originale inspirée notamment par les travaux de l’artiste nigéro-britannique Yinka Shonibare, connu pour ses œuvres intégrant le textile africain wax dans des mises en scène historiques et contemporaines.
Cependant, N’Dia se distingue en sortant le tissu-pagne de sa fonction vestimentaire pour en faire un matériau artistique à part entière.
Ingénieur de formation, il revendique une démarche hybride où se rencontrent rigueur scientifique et créativité artistique.
« C’est vrai que la rigueur de l’ingénieur et la liberté de l’artiste ne vont pas ensemble. Mais j’essaie de les faire travailler ensemble. Et c’est ce que vous voyez aujourd’hui », a-t-il déclaré lors du vernissage.
Pour lui, la variété infinie des couleurs et des motifs textiles constitue une source d’inspiration majeure, qu’il transforme en compositions visuelles inédites.
L’artiste explique également que cette fusion entre ses deux univers: l’ingénierie et l’art, s’est progressivement construite depuis 2019, notamment au cours de ses expériences au Royaume‑Uni.
Une complémentarité artistique saluée par la Rotonde des Arts

Le directeur général de la Rotonde des Arts, le professeur Yakouba Koné, s’est félicité de la complémentarité artistique entre les deux exposants.
Selon lui, les œuvres de Ceko et de N’Dia se répondent et se complètent, bien qu’elles reposent sur des approches esthétiques différentes.
« La peinture de Ceko est du côté du cru, celle de Franck-Philippe N’Dia du côté du cuit. Mais leur élément commun reste la rue », a-t-il expliqué.
Pour le professeur, les œuvres présentées dans cette exposition puisent leur inspiration dans les paroles, les scènes et les matériaux issus de l’environnement urbain.
Il a également souligné l’importance de l’art dans la compréhension des sociétés contemporaines.
« Ce qui compte, c’est d’être à la hauteur des vies de nos sociétés. Chaque artiste doit y parvenir avec ses propres moyens et son langage », a-t-il conclu.
Loba Perez
