• lun. Fév 9th, 2026

AES, deux ans après : entre rêves de souveraineté et fardeau des réalités

ByÉquipe LeJourPile

Sep 16, 2025

👁 9,685 vues

Deux ans après sa création, l’Alliance des États du Sahel (AES) affiche une volonté d’émancipation historique face aux anciennes tutelles et à la Cédéao. Mais derrière les symboles d’intégration et les annonces institutionnelles, les réalités du terrain rappellent la dureté des combats : insurrections persistantes, contraintes budgétaires et gouvernance militaire prolongée. Le Sahel tente de se réinventer, mais son avenir reste suspendu entre promesses et menaces.

Une Confédération en construction, entre ambitions et limites

Née en septembre 2023 sous le sceau de la charte du Liptako-Gourma, l’AES s’est transformée en juillet 2024 en Confédération des États du Sahel, un saut institutionnel qui se veut une réponse aux fractures avec la Cédéao. Hymne officiel, radio confédérale, Banque pour l’investissement annoncée, Parlement en préparation : les symboles d’un État supranational s’accumulent. Mais faute de financements clairs, ces structures demeurent pour l’instant des chantiers en devenir. Derrière le discours de souveraineté, les caisses nationales, elles, sonnent creux.

Sécurité : des victoires revendiquées, une menace toujours vivace

Sur le terrain militaire, Bamako, Ouagadougou et Niamey affichent des succès. Le Burkina Faso revendique avoir reconquis plus de 72 % de son territoire, l’armée malienne annonce avoir neutralisé un chef du groupe État islamique, et les forces nigériennes promettent d’endiguer les incursions. Pourtant, la réalité est plus cruelle : le Niger a connu une hausse de 94 % des victimes du terrorisme en 2024, le Burkina reste l’épicentre mondial des attaques, et des villes maliennes vivent sous blocus jihadiste. Derrière les communiqués triomphants, la guerre asymétrique continue de saigner la région.

Diplomatie : rupture assumée, nouveaux partenaires courtisés

La rupture avec la Cédéao a redessiné la carte des alliances. La France est désormais reléguée au rang d’acteur marginal, tandis que Moscou s’impose comme partenaire sécuritaire privilégié. Washington cherche à revenir, mais ce sont d’autres voix africaines qui émergent : l’Égypte, et surtout le Maroc, qui avance ses pions avec l’« Initiative Atlantique » et une diplomatie pragmatique marquée par des médiations et une coopération sécuritaire accrue. L’AES veut s’inscrire dans une géopolitique de rééquilibrage, mais son isolement régional et la fragilité de ses bases économiques restent des talons d’Achille.

 Deux ans après, l’AES se trouve à la croisée des chemins : symbole fort d’une souveraineté retrouvée pour ses partisans, fragile édifice exposé aux vents du terrorisme et aux failles budgétaires pour ses détracteurs. L’histoire retiendra si cette Confédération naissante a été l’acte fondateur d’un Sahel nouveau, ou un pari avorté dans la tourmente des armes et des crises.

Loba Perez

Équipe LeJourPile