L’Afrique de l’Ouest n’a plus le luxe d’attendre. Face à la multiplication des épidémies – fièvre de Lassa, choléra, MPOX, et à la vulnérabilité persistante des systèmes de santé, la CEDEAO a enclenché un changement de cap. Pendant trois jours, Abuja devient depuis le 23 juillet 2025, l’épicentre d’un engagement régional fort : construire une gouvernance sanitaire plus robuste, plus solidaire et plus réactive.
L’atelier régional en cours vise un objectif clair : installer officiellement le Conseil consultatif technique (CCT) du Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies (CRSCM). Un organe attendu de longue date, censé guider les réponses sanitaires de la sous-région en s’appuyant sur l’expertise, la coordination, et surtout, la volonté politique des États membres.
« Le CCT est plus qu’un comité : c’est l’épine dorsale d’une riposte structurée face aux crises sanitaires, » a lancé Dr Mamadou Diarrassouba, Directeur exécutif du CRSCM. Dans une région marquée par les fragilités des infrastructures sanitaires, les déplacements de populations, le réchauffement climatique et des crises humanitaires récurrentes, il faut cesser de réagir tardivement. Il est temps d’anticiper.
Le message est repris avec force par les partenaires présents : le Nigeria, hôte de la rencontre, à travers Dr Kamil Shoretire, a rappelé que la solidarité régionale est la seule réponse durable aux menaces sanitaires. L’OMS, par la voix du Dr Étien Koua, appelle à des décisions fondées sur des preuves scientifiques et insiste : « Le CCT doit devenir la boussole technique du CRSCM, un organe d’alerte, de conseil et de mobilisation. »
Durant ces trois jours, les États membres ne se contenteront pas de discours. Ils poseront les fondations concrètes de ce Conseil stratégique : adoption des textes constitutifs, désignation de ses membres, élection du bureau, et tenue d’une première réunion de travail. Un acte fort, qui pourrait marquer la fin des improvisations sanitaires dans l’espace CEDEAO.
Car les chiffres ne mentent pas. Depuis 2020, la région a connu plus d’une trentaine d’alertes épidémiques. Les populations paient le prix fort de chaque retard, de chaque absence de coordination. Avec le CCT, la CEDEAO veut tourner la page de la dispersion pour entrer dans l’ère de la vigilance organisée.
Cet atelier est une étape historique. Mais il ne suffira pas d’élire un bureau ou d’adopter un document. La réussite du CCT reposera sur l’engagement politique des États, la mobilisation des ressources, et la confiance des populations. À Abuja, une nouvelle architecture sanitaire est en train de naître. Reste à la faire vivre, avec courage, lucidité et constance.
Lejourpile

