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Afrique : face au recul de son influence commerciale, la France lance l’offensive du repositionnement

ByÉquipe LeJourPile

Jan 13, 2026

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Longtemps puissance commerciale dominante sur le continent africain, la France voit aujourd’hui son influence s’éroder au profit de nouveaux acteurs économiques plus offensifs. Confrontée à une perte progressive de parts de marché, notamment en Afrique francophone, Paris tente désormais d’enrayer un déclassement jugé préoccupant au plus haut sommet de l’État.

Ancienne métropole coloniale disposant d’un vaste réseau diplomatique et économique en Afrique, la France n’occupe plus la place privilégiée qui fut longtemps la sienne. La montée en puissance de partenaires alternatifs tels que la Chine, l’Inde, la Turquie ou encore le Brésil a profondément rebattu les cartes, reléguant les entreprises françaises à un rang secondaire dans plusieurs économies africaines.

Cette évolution inquiète les autorités françaises. La semaine dernière, à Paris, le président Emmanuel Macron a tiré la sonnette d’alarme devant les ambassadeurs, reconnaissant sans détour le recul de la France sur le marché africain. S’il constate que les exportations françaises vers l’Afrique ont progressé en valeur depuis 2015, il souligne que la part de marché globale de la France a été divisée par deux sur la même période. Aujourd’hui, Paris ne représente plus que 4,2 % des échanges commerciaux africains, loin derrière la Chine, qui capte environ 17 % du marché.

Autocritique et changement de méthode

Pour Emmanuel Macron, ce déclin n’est pas uniquement imputable à la concurrence étrangère. Il pointe également des faiblesses internes, dénonçant une « réglementation excessive » et une « prudence devenue incompréhensible » des entreprises françaises. Le retrait progressif des banques et institutions financières françaises d’Afrique depuis plus d’une décennie illustre, selon lui, une crise de confiance qui pénalise la présence économique hexagonale.

Le chef de l’État appelle ainsi à une restructuration profonde de l’approche française : davantage d’investissements, des partenariats durables et une implication accrue des grands groupes comme de la diaspora. L’objectif affiché est clair : replacer la France dans la course, sur l’ensemble des secteurs stratégiques, de la finance à l’innovation, en passant par le numérique et la transition climatique.

Une concurrence de plus en plus rude

Sur le terrain, la concurrence est féroce, y compris dans des zones historiquement acquises à Paris. En Afrique francophone, les entreprises chinoises gagnent du terrain sur des marchés autrefois dominés par la France. Le cas du Kenya, qui a retiré à un consortium français un contrat autoroutier pour le confier à une entreprise chinoise, est devenu emblématique de ce basculement.

C’est dans ce contexte que le prochain sommet Afrique–France, prévu les 11 et 12 mai, se tiendra pour la première fois hors de la sphère francophone traditionnelle, à Nairobi. Cette décision, actée par Emmanuel Macron et le président kényan William Ruto en marge de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre dernier, symbolise la volonté française d’élargir son champ d’influence vers des partenaires africains jugés désormais incontournables.

Le sommet, axé sur l’innovation, le financement climatique et la transformation numérique, réunira des acteurs africains et français, ainsi que des dirigeants allemands et indiens invités à y prendre part. Pour Paris, il s’agit d’un rendez-vous stratégique destiné à relancer une relation économique fragilisée.

Un contexte politique défavorable

Mais cette reconquête commerciale se heurte à un climat politique dégradé. Le sentiment antifrançais, alimenté par l’héritage colonial et les crises sécuritaires au Sahel, a conduit à la rupture avec plusieurs régimes militaires, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Même des partenaires historiques comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont obtenu le retrait des forces françaises de leur territoire.

Cette érosion des liens politiques et militaires complique davantage la relance économique voulue par Paris. À l’heure où l’Afrique diversifie ses alliances et redéfinit ses partenariats, les prochaines années s’annoncent décisives pour l’avenir de la présence économique française sur le continent.

Ljp

Équipe LeJourPile