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À première lecture, la charge d’Ahoua Don Mello contre le pouvoir RHDP, telle que rapportée par des médias dont Lemandatexpress et Afrikipress, se veut rigoureuse, presque professorale. Le candidat à la présidentielle de 2025, y déploie un lexique savant: « Parti-État hégémonique », « confusion institutionnelle », « symbiose clanique », et s’érige en analyste lucide d’un système qu’il juge antidémocratique. Pourtant, à l’épreuve des faits et de son propre parcours récent, cette posture soulève une série d’incohérences profondes qui fragilisent sa crédibilité politique, en particulier aux yeux de l’opposition qu’il prétend éclairer.
Un discours de gauche, des actes solitaires
L’un des angles morts majeurs de la sortie de Don Mello réside dans sa propre trajectoire vis-à-vis du PPA-CI et du leadership de Laurent Gbagbo. Alors qu’il appelle aujourd’hui à une « Gauche plurielle et structurée », la recherche en sociologie politique montre que la structuration d’un camp idéologique passe d’abord par la discipline collective, la loyauté organisationnelle et la construction patiente d’un rapport de force commun. Or, c’est précisément ce que Don Mello a rompu lorsqu’il a privilégié un “plan B” personnel, décidé unilatéralement, au moment le plus critique pour l’opposition ivoirienne.
Son choix de se présenter à la dernière présidentielle, en marge de la stratégie du PPA-CI, ne relevait ni d’un débat idéologique de fond ni d’un désaccord programmatique majeur, mais d’une logique de candidature testimoniale, largement analysée dans la littérature comme un facteur de dispersion électorale et d’affaiblissement des oppositions face à des pouvoirs dominants.
La critique du Parti-État… sans autocritique
Il y a, dans le propos de Don Mello, une contradiction centrale : il dénonce l’hégémonie, la confiscation du jeu démocratique et la marginalisation de l’opposition, tout en ayant lui-même contribué à l’inefficacité de cette opposition par une démarche isolée, sans base militante solide, sans coalition réelle et sans ancrage populaire mesurable.
Les résultats électoraux obtenus lors de cette tentative présidentielle, largement en deçà des seuils de crédibilité politique reconnus par les standards électoraux comparés, ont objectivement montré le décalage entre son poids médiatique et son implantation réelle. En science politique, ce type d’échec est généralement interprété non comme une injustice du système seul, mais comme le symptôme d’une surestimation de sa capacité de mobilisation.
Dès lors, comment dénoncer la « façade démocratique » du pouvoir quand on n’a pas su transformer sa propre parole en dynamique collective crédible ?
Une posture d’analyste pour masquer un isolement politique
Le ton très théorique adopté par Don Mello n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une stratégie classique de repositionnement discursif observée chez des acteurs politiques marginalisés électoralement : se muer en intellectuel critique pour compenser l’échec de l’action politique concrète. Mais cette posture atteint vite ses limites lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’un travail de terrain, d’un enracinement militant et, surtout, d’une capacité à fédérer.
En réalité, sa critique du RHDP, aussi pertinente soit-elle sur certains points, sonne creux pour une base militante de l’opposition qui, elle, attend des actes de cohésion, de sacrifice personnel et de clarté stratégique, pas des diagnostics venus de ceux qui ont choisi de jouer en solo.
Une immaturité stratégique aux conséquences durables
L’immaturité politique de Don Mello ne réside pas dans ses analyses, mais dans son incapacité à hiérarchiser les priorités historiques. Face à un pouvoir qu’il qualifie lui-même d’hégémonique, la science politique enseigne que l’unité de l’opposition n’est pas une option morale, mais une nécessité stratégique. En rompant cette unité pour une aventure personnelle sans débouché, il a affaibli le camp qu’il prétend aujourd’hui défendre par la plume.
C’est cette contradiction que la base militante ne pardonne plus : on ne peut pas, à la fois, fragiliser l’opposition par ses choix et se poser ensuite en vigie morale de la démocratie.
Ahoua Don Mello pose des mots justes sur certaines dérives du pouvoir ivoirien, mais ces mots sont lestés par le poids de ses propres renoncements stratégiques. À force de vouloir incarner une alternative à lui seul, il s’est marginalisé. Et à force de dénoncer l’hégémonie sans assumer sa part de responsabilité dans l’éparpillement de l’opposition, il a perdu la confiance d’une base militante désormais exigeante. Celle véritablement lucide et lassée des ambitions personnelles déguisées en combats idéologiques. Ainsi, sur cette base, l’on peut affirmer sans se tromper, que le temps des expériences solitaires est clos. Place à la cohérence, à la discipline et à l’unité.
Loba Perez
