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A Abidjan, ce 1er septembre 2025, sous les dorures de la salle des conférences, les hymnes nationaux ivoirien et mauritanien ont ouvert une cérémonie chargée de symboles. Sidi Ould Tah, économiste mauritanien de 60 ans, a officiellement pris ses fonctions comme neuvième président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), en présence des chefs d’État Alassane Ouattara et Mohamed Ould Ghazouani.
Élu le 29 mai dernier par les gouverneurs des 81 pays membres (54 africains et 27 non africains), Ould Tah succède au Nigérian Akinwumi Adesina, qui a marqué la décennie écoulée par une gestion saluée comme « remarquable ».
Une prestation de serment tournée vers l’action
Main posée sur la charte de l’institution, Sidi Ould Tah a juré d’exercer son mandat avec « loyauté, discrétion et conscience ». Dans un discours sans détour, il a insisté :
« Le temps est à l’action. L’Afrique nous regarde. Le développement ne peut se faire sans paix, mais notre continent a montré sa résilience face aux crises multiples. »
Il a également exprimé sa gratitude au président Ouattara pour son soutien décisif lors de son élection, saluant « l’œuvre exaltante » de ses prédécesseurs.
Hommages et soutiens politiques
Alassane Ouattara a tenu à saluer « la décennie remarquable » d’Akinwumi Adesina et a promis le soutien total de la Côte d’Ivoire à la nouvelle direction de la BAD.
Son homologue mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani, a quant à lui rappelé « le rôle déterminant » de la Banque dans le développement économique et social de l’Afrique, réaffirmant l’appui constant de Nouakchott.
Un parcours forgé dans la finance internationale
Avant d’accéder à ce poste stratégique, Ould Tah a dirigé pendant dix ans la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), qu’il a profondément modernisée. Sous sa gouvernance, les actifs de la BADEA ont doublé et la notation financière s’est renforcée.
Ancien ministre de l’Économie et des Finances de Mauritanie, docteur en sciences économiques, il a également représenté son pays auprès de plusieurs institutions financières internationales.
Une institution aux défis colossaux
La BAD, dotée d’un capital de 318 milliards de dollars et notée « AAA » par les agences internationales, reste un acteur clé du financement de projets sur le continent. Rien que sur la dernière décennie, elle a approuvé 102 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures, les énergies renouvelables, l’agriculture et la lutte contre la pauvreté.
Pour son mandat de cinq ans, Ould Tah a défini quatre priorités :
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Mobiliser davantage de ressources financières sur le continent ;
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Renforcer la souveraineté économique africaine ;
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Transformer la démographie en dividende ;
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Développer des infrastructures résilientes.
Perspectives pour l’Afrique
Ces engagements surviennent dans un contexte délicat : ralentissement de l’aide internationale, pressions inflationnistes et tensions commerciales mondiales. Pourtant, les projections de la BAD restent optimistes : 3,9 % de croissance économique africaine en 2025, avec plus d’une vingtaine de pays au-dessus de 5 % et quatre dépassant les 7 % (Éthiopie, Niger, Rwanda et Sénégal).
Pour beaucoup d’observateurs, Sidi Ould Tah arrive au bon moment. Son expérience, son réseau et sa vision seront déterminants pour maintenir la solvabilité exemplaire de la BAD tout en accélérant les investissements transformateurs dans une Afrique jeune et en pleine mutation.
