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Boualem Sansal élu à l’Académie française : un symbole de reconnaissance internationale face à la répression en Algérie

ByÉquipe LeJourPile

Fév 2, 2026

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L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, 81 ans, a été élu jeudi 29 janvier à l’Académie française, rejoignant ainsi l’institution des « Immortels » moins de trois mois après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle en Algérie. Cette élection, hautement symbolique, met en lumière le contraste entre la considération internationale dont jouit l’auteur et le traitement judiciaire dont il a été victime dans son pays natal.

Romancier et essayiste de renom, Boualem Sansal est reconnu pour sa critique sans concessions de l’autoritarisme, de l’islamisme politique et des impasses du monde arabe contemporain. Lauréat du Grand Prix du roman de l’Académie française en 2015 pour 2084. La fin du monde, dystopie inspirée de 1984 de George Orwell, il a également été distingué en décembre 2025 par le Prix mondial Cino Del Duca pour l’ensemble de sa carrière.

L’élection de Sansal intervient toutefois dans un contexte politique tendu. Arrêté le 16 novembre 2024 à Alger, il avait été poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale » à la suite de déclarations controversées sur l’histoire du territoire algérien. Condamné à cinq ans de prison ferme, cette peine, confirmée en appel, avait suscité de vives critiques d’organisations de défense des droits humains et d’intellectuels, dénonçant une criminalisation de l’opinion.

La grâce présidentielle accordée le 12 novembre 2025 par Abdelmadjid Tebboune, saluée par le président français Emmanuel Macron, n’a pas dissipé ces critiques. Pour de nombreux observateurs, elle ne gomme pas la gravité de la détention ni le message envoyé aux voix critiques en Algérie : l’expression intellectuelle reste exposée à l’arbitraire judiciaire.

L’entrée de Boualem Sansal à l’Académie française constitue ainsi une reconnaissance littéraire majeure, tout en apparaissant comme un désaveu implicite de la répression menée à l’encontre des intellectuels algériens. Elle rappelle que la consécration internationale d’une œuvre peut coexister avec la marginalisation et la persécution de son auteur dans son propre pays.

Ljp

Équipe LeJourPile