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Caravane de l’ADU 2025: la bataille engagée pour un foncier juste à Bouaké 

ByÉquipe LeJourPile

Juin 28, 2025

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Sous un ciel couvert et brumeux, la place du carnaval de Bouaké, s’est transformée ce 27 juin 2025 en agora citoyenne. Tambours, applaudissements, slogans portés à voix haute : la quatrième Caravane de l’Attestation de droit d’usage coutumier (ADU) venait d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire urbaine de la capitale du Gbêkê.

Il fallait y être pour sentir l’énergie. Celle d’une ville en quête d’ordre, d’espoir, et surtout, de justice foncière. C’est ici, au cœur d’une cité tiraillée entre tradition et modernité, que le gouvernement a lancé l’offensive contre l’anarchie foncière. Ce cancer silencieux qui ronge les fondations de Bouaké depuis trop longtemps.

« Nous ne pouvons plus tolérer cette anarchie », a lancé le ministre Bruno Koné, face à une foule attentive. Derrière lui, les chiffres donnaient le vertige : plus de 270 lotissements non conformes recensés, une urbanisation sauvage qui ronge déjà plus de 50 % de certains quartiers. Le chaos, à l’état pur. Mais aussi une promesse : celle de reconstruire autrement.

À Bouaké, le foncier n’est pas qu’une affaire de papiers, de parcelles ou de plans cadastraux. C’est une question de survie sociale, de paix entre voisins, de transmission entre générations. Et c’est cette réalité que le gouvernement veut désormais encadrer. À partir du 31 décembre 2024, les attestations villageoises non consolidées seront invalidées. Un choc pour certains, un espoir pour d’autres.

Mais cette transition ne se fera pas à l’aveugle. Le ministère de la Construction a mis sur pied une réforme ambitieuse, alliant droit, technologie et écoute citoyenne. Le Système intégré de gestion du foncier urbain (SIGFU), la numérisation des procédures, l’institution du titrement massif : tout est pensé pour mettre fin aux zones grises et aux attributions à la criée.

Pour Bruno Koné, cette transformation est aussi personnelle. Bouaké, c’est la ville de ses années d’adolescence. Celle du Collège Saint Viateur, des amitiés d’enfance et des premiers rêves d’un pays en paix. « Cette ville a façonné une partie de mon parcours », a-t-il confié, la voix tremblante d’émotion. Un ancrage affectif, mais aussi un engagement politique fort.

À ses côtés, Amadou Koné, ministre des Transports et maire de la ville, n’a pas mâché ses mots : « 80 % des affaires traitées par le tribunal de Bouaké concernent des litiges fonciers. » Une statistique implacable, qui dit l’urgence d’agir. Et pourtant, malgré les défis, les signes de renaissance sont bien là.

La ville se redessine. Le grand marché prend forme, l’aéroport international retrouve vie, une nouvelle zone industrielle de 600 hectares est en gestation. La SOTRA s’apprête à poser ses valises, et 1 520 logements sociaux verront bientôt le jour dans le quartier d’Ahonanansou II Extension. Une dynamique impressionnante, qui replace Bouaké sur la carte des grandes métropoles ouest-africaines.

Mais cette transformation ne pourra s’accomplir sans un sursaut collectif. Le ministre a été clair : « Chacun doit jouer sa partition. » Citoyens, promoteurs, collectivités, autorités coutumières… Tous sont appelés à rompre avec l’impunité, à embrasser une nouvelle culture urbaine fondée sur la rigueur et le respect du droit.

Alors que la caravane poursuit sa route à travers les quartiers de Bouaké, une question demeure : les habitants auront-ils s’approprier cette réforme ? Car derrière les discours, les chiffres et les schémas directeurs, ce sont des vies entières qui se jouent, des destins suspendus à un certificat, un plan, un bout de terre sécurisé.

La caravane n’est pas qu’un événement technique. Elle est le symbole d’un tournant. Bouaké, aujourd’hui, écrit peut-être l’un des chapitres les plus décisifs de son histoire contemporaine.

Loba Perez

Équipe LeJourPile