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Derrière les murs feutrés d’un salon officiel à Abidjan-Plateau, les poignées de main sont fermes, les regards mesurés. Le jeudi 12 juin, la délégation de l’Union africaine (UA) a rencontré le directoire du RHDP, le parti au pouvoir, pour évoquer ce qui s’annonce déjà comme une échéance majeure : l’élection présidentielle du 25 octobre 2025.
Au centre de la pièce, Mahamat Saleh Annadif, chef de la mission d’évaluation préélectorale de l’UA, prend la parole. D’un ton posé, mais ferme, il insiste : « Nous sommes optimistes. Nos frères Ivoiriens peuvent dialoguer, se parler franchement, et trouver des consensus dynamiques. » Dans la salle, un hochement de tête de Gilbert Koné Kafana, président du directoire du RHDP, laisse deviner un accord tacite.
Car l’enjeu dépasse de loin la simple organisation logistique d’un scrutin. La Côte d’Ivoire, puissance économique d’Afrique de l’Ouest, reste hantée par les souvenirs des violences postélectorales de 2010. L’UA le sait, et veut éviter que l’histoire ne bégaie. « L’idée que la Côte d’Ivoire revive ce genre de situation est à proscrire », lance Annadif. « Nous interpellons tous les acteurs, notamment le RHDP, qui a une responsabilité majeure. »
Autour de lui, les membres de la délégation prennent des notes, écoutent, observent. Rien n’est laissé au hasard. L’ambiance est studieuse, presque solennelle. Mais les messages passent. Côté RHDP, la réponse se veut rassurante. Kobenan Kouassi Adjoumani, porte-parole du parti, enchaîne les chiffres et les faits : cinq dialogues politiques, une révision consensuelle du code électoral, des institutions républicaines en place.
« Nous sommes en paix, et tout se passe à merveille », affirme-t-il, presque souriant. « Nous avons posé les bases d’élections transparentes et apaisées. L’Union africaine l’a constaté. »
Mais sous les formules diplomatiques, chacun mesure les tensions latentes. Les questions judiciaires liées à d’anciens responsables politiques, la méfiance persistante entre majorité et opposition, les signaux faibles d’un pays encore vulnérable… L’UA préfère prévenir que guérir. « Notre rôle, c’est d’alerter, de conseiller, mais aussi de soutenir un processus crédible », confie un membre de la délégation, à voix basse.
Avant de quitter les lieux, Mahamat Saleh Annadif résume l’enjeu en une image simple, presque familière : « Quand la Côte d’Ivoire éternue, c’est toute la sous-région qui s’enrhume. » Une formule que reprendra Kobenan Adjoumani en fin de rencontre, comme pour sceller un accord tacite. Derrière les rideaux tirés, la ville continue de bruire. Le compte à rebours est lancé.
LEJOURPILE
