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À Ayébo, dans la région d’Aboisso, une révolution silencieuse est en train de prendre forme. La plus grande centrale de biomasse d’Afrique de l’Ouest, forte de ses 46 MW, s’apprête à entrer en service. Plus qu’un projet technique, il s’agit d’un tournant stratégique pour la Côte d’Ivoire, qui affirme enfin sa volonté d’échapper à la dépendance énergétique et d’inscrire son développement dans un modèle durable et souverain.
Fruit de la collaboration avec China Energy Engineering Group, l’ouvrage est entré dans sa dernière phase : l’unité n°1 est prête, l’unité n°2 est en test. À terme, la centrale produira 348 millions de kWh d’énergie verte par an, de quoi alimenter 1,7 million de personnes, tout en évitant l’émission de 180 000 tonnes de CO₂ chaque année. Une avancée majeure dans un contexte mondial où les pays du Sud paient le prix fort du dérèglement climatique sans être les principaux responsables.
Mais l’enjeu va bien au-delà de la production électrique. Cette centrale incarne un modèle dont l’Afrique a besoin : un modèle reposant sur ses propres ressources, ses propres communautés et ses propres besoins. Ici, la biomasse provient des pétioles de palmier, longtemps considérés comme des déchets sans valeur. Désormais, ils deviennent une richesse économique, un levier pour renforcer les revenus des agriculteurs, créer des emplois locaux et dynamiser les circuits de l’économie rurale.
En transformant ce qui était brûlé ou abandonné en énergie propre, Ayébo devient un symbole : celui d’une transition énergétique africaine qui ne copie pas les modèles importés, mais qui s’appuie sur l’ingéniosité locale et l’économie circulaire.
China Energy Engineering Corporation met en avant une solution « clé en main », mais c’est la Côte d’Ivoire qui tire ici un bénéfice stratégique : diversification du mix énergétique, réduction de la facture environnementale, montée en puissance d’une filière verte nationale.
Ce chantier, qui place les communautés au cœur du dispositif, rappelle que la transition énergétique ne doit pas être seulement technologique : elle doit être sociale, inclusive et profitable à ceux qui vivent dans les zones où l’on produit l’énergie du pays.
Avec Ayébo, la Côte d’Ivoire envoie un message clair : les solutions africaines aux défis énergétiques existent. Et elles sont déjà en marche.
Loba Perez
