👁 5,359 vues
À trois mois de la présidentielle, le PPA-CI et le PDCI ont scellé une alliance historique. Loin d’un simple calcul électoral, le Front commun qu’ils viennent de créer se présente, selon eux, comme une réponse à l’exigence citoyenne d’un scrutin crédible et d’une réconciliation nationale durable.
A Cocody, précisément dans la cour du siège du PDCI-RDA, à Abidjan, l’ambiance est électrique, ce mercredi 16 juillet 2025. A l’intérieur de ce bâtiment aux murs blancs, les journalistes s’entassent derrière leurs caméras. Les micros sont braqués sur une même direction, et les militants brandissent des pancartes aux couleurs de deux partis. Notamment, le Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) et le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Sur les visages, l’on observe que la rencontre est particulière. Que quelque chose d’inhabituel est sur le point de se produire, et tous en ont conscience.
Il est un peu plus de midi lorsque les cadres du PPA-CI, le parti fondé par l’ex-président Laurent Gbagbo, et ceux du PDCI, désormais dirigé par Tidjane Thiam, font leur entrée dans la grande salle. Lors de cet instant solennel, des Applaudissements, chants, accolades, ont fait attendre le silence, tant la joie était grande.
Me Habiba Touré, proche collaboratrice de Gbagbo, prend la parole pour lire l’Acte constitutif du Front commun. La voix posée, elle déroule le texte signé par Sébastien Dano Djédjé (PPA-CI) et Noël Akossi Bendjo (PDCI). Un document qui scelle une alliance politique inédite entre deux camps longtemps opposés, unis désormais par la volonté de garantir à la Côte d’Ivoire une présidentielle « transparente, juste, inclusive et pacifique ».
« Ce front est une plateforme dynamique, structurée et paritaire. Il n’est pas un accord d’ambitions personnelles, mais une démarche sincère pour sortir la nation de l’impasse politique », insiste Me Touré, sous les applaudissements nourris des militants.
Un passé de rivalité, un présent de convergence
Il y a vingt ans, le PDCI et le camp Gbagbo s’affrontaient durement sur les terrains politiques et institutionnels. L’histoire ivoirienne en garde les cicatrices. Pourtant, ce 16 juillet, les discours évitent soigneusement les rancunes. Place à la convergence.
« Ce n’est pas une alliance de circonstance, mais un acte de maturité politique », affirme Sébastien Dano Djédjé. « Nous n’effaçons pas nos histoires, mais nous les mettons au service d’un avenir partagé. »
Le ton est grave mais résolu. Le Front commun entend peser sur l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, en défendant des revendications claires : réintégration sur la liste électorale de personnalités écartées (Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé, Noël Akossi Bendjo), audit indépendant de la liste électorale, réforme en profondeur de la CEI, et proclamation bureau de vote par bureau de vote des résultats.
« Une Côte d’Ivoire réconciliée est encore possible »
Dans les rangs du public, des visages jeunes, des anciens militants, mais aussi des curieux. L’instant donne espoir. Pour Noël Akossi Bendjo, coordonnateur général du PDCI, cet accord va au-delà de la stratégie électorale :
« Nous ne remplissons pas une formalité. Nous prenons acte de la volonté d’une majorité d’Ivoiriens de dépasser les fractures politiques pour œuvrer à une Côte d’Ivoire retrouvée. »
Il rend un hommage appuyé à Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, qu’il qualifie de « figures de réconciliation ». Des symboles d’une volonté politique nouvelle.
Dans les échanges en marge de la cérémonie, certains observateurs politiques parlent déjà de tournant. « C’est un séisme doux, mais un séisme tout de même », glisse un analyste. D’autres y voient une relance de la scène politique ivoirienne, jusque-là dominée par la majorité présidentielle.
Une pression pour le dialogue
Au-delà des mots, l’objectif est clair : mettre la pression sur le pouvoir en place pour ouvrir un dialogue politique inclusif, indique -t-on. L’appel est lancé au gouvernement, aux autres partis politiques, mais aussi à la société civile.
« Ce Front commun incarne une espérance. Une volonté d’agir ensemble dans la vérité, la justice et la paix », résume Dano Djédjé. Une espérance qui, pour l’instant, ne dit pas si elle débouchera sur une candidature unique. Mais elle affirme une méthode : l’unité dans la diversité, pour reconstruire le lien démocratique.
L’enjeu : restaurer la confiance
Alors que la Côte d’Ivoire s’apprête à vivre une élection déterminante, ce rapprochement entre deux géants de l’opposition redonne un souffle à l’idée d’alternance. Et plus encore, à celle de reconstruction de la confiance électorale.
« Le peuple veut tourner la page des exclusions, des silences et des calculs », confie un jeune militant croisé à la sortie. « Aujourd’hui, on a senti que la politique pouvait aussi rassembler. »
Ce 16 juillet 2025, à Abidjan, marque pour beaucoup, un fait établi : les héritiers de Félix Houphouët-Boigny et de Laurent Gbagbo ont choisi de regarder ensemble dans la même direction en Côte d’Ivoire. Dans un pays où les blessures du passé sont encore à vif, ce simple geste vaut déjà comme une promesse. Reste à voir si cette alliance tiendra face aux épreuves de la campagne.
Loba Perez
