À quatre mois d’une présidentielle sous tension, les deux poids lourds de l’opposition ivoirienne, le PPA-CI de Laurent Gbagbo et le PDCI de Tidjane Thiam, ont scellé une alliance inédite. Objectif : faire, selon eux, front contre les exclusions électorales, revendiquer une liste électorale crédible et exiger des réformes urgentes. Dans un contexte de crispation démocratique, cette union sonne comme un appel à la mobilisation citoyenne.
Reportage!
Au cabinet de l’ex-Président ivoirien Laurent Gbagbo à Abidjan ce jeudi 19 juin 2025, l’ambiance est solennelle. Dans une salle feutrée au cœur du quartier Riviera, l’ancien président de Côte d’Ivoire, serre la main d’Akossi Bendjo, le vice-président du PDCI. Les caméras cliquettent, les micros se tendent, l’on devine la portée de la rencontre qui attire de nombreux journalistes, dont le volcan de la plume au journal: LE JOUR PILE. Ce jour, quelque chose d’inédit se joue à Abidjan : la naissance d’un front commun de l’opposition ivoirienne. Ce, à quatre mois d’une élection présidentielle qui s’annonce déjà disputée.
Autour de la table, les regards sont graves. Le professeur Danon, au nom du PPA-CI, paraphe le document. En face, Akossi Bendjo fait de même pour le PDCI. L’accord est désormais scellé : les deux principaux partis de l’opposition unissent leurs forces pour peser sur le processus électoral, et exiger plus de transparence.
Derrière cette initiative, deux figures majeures de la politique ivoirienne : Laurent Gbagbo, le tribun de Mama, et Tidjane Thiam, l’ancien banquier international aujourd’hui à la tête du PDCI. Ce dernier, intervenant en visioconférence depuis l’étranger . Son nom ayant été retiré de la liste électorale, insiste : « Ces élections doivent être une opportunité pour choisir librement, de façon apaisée et démocratique celui ou celle qui présidera la destinée du pays. »
Le ton est posé. Mais la détermination, palpable.
Au pupitre, le député Bredoumy Soumaila lit la déclaration commune. L’exigence est claire : réintégrer sur la liste électorale Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé et Noël Akossi Bendjo. Des figures emblématiques de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, aujourd’hui écartées du jeu politique. Une exclusion que le front commun juge injustifiée et dangereuse pour la démocratie.
Les deux partis réclament également la révision immédiate de la liste électorale, comme prévu par le Code électoral, ainsi qu’un audit indépendant pour en corriger les nombreuses anomalies. Ils exigent une réforme en profondeur de la Commission électorale indépendante (CEI). Aussi, appellent à ce que les résultats du scrutin soient publiés bureau de vote par bureau de vote. Notamment pour, disent-ils, garantir la transparence.
« Aucune lutte n’est désespérée », martèle Laurent Gbagbo, les yeux brillants, devant les militants réunis. Il remercie son allié du jour : « Merci à Tidjane Thiam d’avoir accepté cette alliance. Ensemble, nous irons jusqu’au bout. »
Dans l’assistance, des pancartes brandissent le slogan : « Trop c’est trop ! ». Un comité du même nom est mis en place dans la foulée, pour coordonner les actions à venir. Un comité opérationnel, chargé de mobiliser sur tout le territoire, complète le dispositif.
Ce jeudi-là, dans le bureau de Gbagbo, l’opposition ivoirienne s’est donné un nouveau visage : uni, structuré, offensif. Un signal fort, envoyé au pouvoir et à l’opinion nationale.
Reste à voir, dans les prochaines semaines, si cette alliance pourra se traduire en force électorale. Mais une chose est sûre : la bataille pour l’élection présidentielle de 2025 est désormais lancée.
Loba Perez

