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Un reportage de Loba Perez
Le soleil a commencé à décliner le jeudi 12 juin 2025 à Marcory, pendant que dans la salle du Foyer des jeunes, l’atmosphère est restée électrique. Chaises bien disposées, regards attentifs, discussions intenses, les acteurs de la nuit ivoirienne se sont donné rendez-vous ce jour-là, pour une rencontre décisive. À la tribune, un homme prend la parole, le ton ferme mais rassembleur.
Anicet Assé Dieudonné, fraîchement élu président de l’Union nationale des patrons de night-clubs, bars, maquis, restaurants et discothèques de Côte d’Ivoire (UNP-CI), est venu présenter une équipe et surtout, une vision.
« Ce secteur a trop longtemps été regardé avec condescendance. Pourtant, nous créons des emplois, nous contribuons à l’économie, nous faisons vivre la culture. Il est temps qu’on nous respecte », lance-t-il, regard droit, micro à la main.
Derrière lui, une équipe engagée de visages nouveaux, issus des quatre coins d’Abidjan et au-delà. Georges Kablan, premier vice-président, se tient prêt à entamer les démarches de reconnaissance officielle auprès du ministère du Tourisme. Tous partagent une conviction : l’union est la clé de la crédibilité.
Mettre de l’ordre dans le désordre
Dans un secteur parfois perçu comme désorganisé, voire informel, l’UNP-CI veut créer une rupture. Premier chantier : le recensement national de tous les établissements opérant en Côte d’Ivoire.
« Il faut qu’on sache qui fait quoi, où, et comment. Sans cela, on ne pourra jamais peser dans les discussions avec l’État ou les banques », martèle Anicet Assé.
Sa stratégie est claire : mailler le territoire. Chaque commune, chaque district, chaque région devra avoir son président UNP-CI local, garant d’une présence forte sur le terrain. À Abobo, à Bouaké, à San Pedro… partout, la faîtière veut exister.
Dans les ruelles animées de Marcory Zone 4, où les enseignes lumineuses s’allument dès la tombée de la nuit, de nombreux tenanciers accueillent cette dynamique avec soulagement. Kouadio Arsène, gérant d’un maquis populaire, se confie :
« On paye des taxes, des redevances, mais on n’a personne pour parler pour nous. Si cette équipe tient ses promesses, moi je signe tout de suite. »
Affronter les injustices et bâtir une protection de chaque membres
Mais le combat va au-delà de la structuration. Un autre point brûlant occupe les esprits : les prélèvements jugés arbitraires du BURIDA.
« On vient, on impose des montants sans justification. Pourtant ailleurs, il y a des barèmes. Pourquoi pas chez nous ? », interroge avec fermeté le président de l’UNP-CI.
Pour Fatou Diabaté, propriétaire d’un bar lounge à Cocody, ces démarches opaques sont un frein au développement :
« On veut bien payer nos droits, mais pas être rackettés au nom de la culture. Qu’on nous respecte comme tout entrepreneur. »
Anicet Assé va plus loin. Il évoque un tabou : l’absence de protection sociale dans un métier pourtant si exigeant. À 60 ans, certains patrons de nuit repartent à zéro. L’UNP-CI s’engage à négocier avec la CNPS pour changer cela.
« Travailler 30 ans et finir sans retraite ? Ce n’est pas une fatalité. On va faire les démarches pour que chacun puisse cotiser. »
Hommage à un pionnier et appel à l’union
Dans une séquence émouvante, Anicet Assé rend hommage à son prédécesseur, feu Affouchi Magloire, dont la mémoire plane sur l’assemblée.
« Il m’a dit de ne pas laisser mourir la faîtière. Aujourd’hui, je prends le relais, avec humilité, mais détermination. »
À la fin de la rencontre, il lance un appel fort à tous les professionnels du secteur, parfois méfiants, souvent désabusés :
« Ensemble, nous serons forts. Ce n’est qu’avec une voix unie que nous pourrons obtenir des crédits, des soutiens, et être pris au sérieux. »
Le ministre du Tourisme, lui-même, aurait récemment souligné que l’organisation était la condition sine qua non du financement.
Une nouvelle ère pour les nuits ivoiriennes
Au-delà d’un syndicat, l’UNP-CI veut devenir le porte-voix d’une économie culturelle essentielle mais sous-estimée. Avec une stratégie claire, un leadership renouvelé, et une volonté d’être force de proposition, elle pourrait bien transformer un secteur trop longtemps cantonné à l’ombre.
Dans les jours à venir, les regards seront tournés vers les autorités : reconnaîtront-elles ce mouvement comme un véritable acteur du développement ?
En attendant, la nuit continue de vibrer à Abidjan. Mais cette fois-ci, organisée autour du mandat d’Anicet Assé. Lequel mandat s’annonce sous le signe de la structuration, de la transparence et de la solidarité, en vue de faire de l’UNP-CI, un véritable interlocuteur crédible face aux autorités et institutions partenaires.
