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Sur la Place de l’Amazone, les rafales des hélicoptères ont à peine couvert les applaudissements nourris de la foule. Vendredi 1ᵉʳ août, le Bénin célébrait ses 65 ans d’indépendance. Mais pour le président Patrice Talon, ce 1er août avait une résonance toute particulière : il s’agissait de sa dernière fête nationale en tant que chef de l’État.
Sous un soleil modéré, les troupes défilent avec précision. En tête de cortège, un détachement ivoirien salue le drapeau béninois — image forte d’une coopération régionale assumée. Mais l’absence remarquée du Burkina Faso et du Niger, pourtant invités, tranche avec cette ouverture symbolique. En toile de fond, la réalité géopolitique reste tendue.
Lorsqu’il prend la parole, Patrice Talon parle avec le cœur :
« C’était une de mes promesses à l’aube de mon élection : nous rendre fiers d’être Béninois », rappelle-t-il, visiblement ému. Il remercie les citoyens, salue les efforts collectifs et insiste : « Nous avons tout le potentiel pour sortir du sous-développement, si nous acceptons quelques sacrifices et efforts en commun. »
La foule, composée d’officiels, de militaires et de citoyens, l’écoute en silence. Le président confie que ce moment restera gravé dans sa mémoire. « J’ai pu lire sur tous les visages aujourd’hui beaucoup de fierté d’appartenir à notre grand et beau pays le Bénin », dit-il avec gravité.
Malgré l’atmosphère de fête, la mémoire récente plane sur l’événement. En mai, une attaque dans le nord du pays avait coûté la vie à 54 soldats béninois. Depuis, le pays renforce sa posture défensive. Le colonel James Johnson, porte-parole de l’armée, le rappelle en marge du défilé : « La menace est réelle. Nous devons renforcer nos moyens et rester unis. »
La parade militaire, articulée en trois volets — pédestre, motorisé et aérien — met en valeur les réformes sécuritaires initiées sous Talon : équipements modernisés, budget en hausse, création d’infrastructures stratégiques.
Mais au-delà du dispositif militaire, c’est un appel à la continuité républicaine que lance le président. « Je reste engagé à servir la République jusqu’au passage du flambeau dans quelques mois », affirme-t-il. Une transition apaisée, dans la droite ligne du projet de modernisation entamé en 2016.
En quittant la tribune officielle, Talon serre les mains, échange des regards. Pas de discours grandiloquent, mais un ton de confidence et de transmission. Ce 1er août n’est pas seulement un anniversaire : c’est un adieu mesuré, digne, et profondément béninois.
Loba P.
