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Djidji Ayokwè : 110 ans après, la Côte d’Ivoire récupère une voix majeure de son histoire

ByÉquipe LeJourPile

Fév 22, 2026

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Arraché à sa terre en 1916, le Djidji Ayokwè, tambour parleur emblématique du peuple Atchan, a officiellement été transféré à la République de Côte d’Ivoire ce 20 février 2026 à Paris. La signature de la convention au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac marque l’aboutissement d’un long processus diplomatique et mémoriel, et ouvre une nouvelle ère dans la restitution du patrimoine africain.

1916–2026 : un siècle d’absence, une mémoire intacte

Il aura fallu 110 ans pour que le Djidji Ayokwè retrouve symboliquement le chemin de sa terre natale. Ce tambour sacré, instrument de communication et d’autorité au sein de la communauté Atchan, avait été saisi en 1916 durant la période coloniale.

Le vendredi 20 février 2026 restera gravé dans l’histoire culturelle ivoirienne. À Paris, dans l’enceinte du Musée du Quai Branly – Jacques Chirac, la convention de transfert officielle a été signée, consacrant le retour du tambour parleur dans le patrimoine national ivoirien.

Plus qu’un simple acte administratif, il s’agit d’un geste hautement symbolique. Le Djidji Ayokwè ne représente pas seulement un objet d’art ou d’ethnographie. Il incarne une mémoire collective, une autorité traditionnelle et une identité culturelle profondément ancrée.

Une restitution encadrée avec rigueur

La journée a débuté par une opération technique de constat d’état. Cette étape visait à vérifier la conformité de la restauration du tambour, avant son transfert définitif. L’inspection s’est déroulée sous la supervision du Directeur du Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, Tagro Francis.

Ce contrôle préalable illustre le sérieux accordé à cette restitution. Il s’agissait de garantir que l’objet, conservé pendant plus d’un siècle en France, soit transmis dans un état conforme aux engagements pris entre les deux États.

Dans l’après-midi, la cérémonie officielle s’est tenue dans une atmosphère empreinte de solennité et d’émotion. Diplomates, responsables culturels et représentants d’organisations internationales ont assisté à ce moment historique.

« Une page mémorielle qui fera date »

Prenant la parole, la ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a souligné la portée historique de l’événement.

« 110 ans aujourd’hui. Une page mémorielle qui fera date dans l’histoire de notre pays. Le Djidji Ayokwè revient sur sa terre, auprès des siens, auprès de sa communauté… », a-t-elle déclaré.

Pour la ministre, cette restitution dépasse la seule dimension patrimoniale. Elle s’inscrit dans une dynamique de réappropriation culturelle et de reconstruction symbolique.

Elle a également rappelé l’engagement du président Alassane Ouattara en faveur de la préservation de l’histoire et des traditions nationales. Selon elle, bâtir l’avenir implique de protéger et de transmettre le patrimoine culturel aux générations futures.

Cette restitution est aussi le fruit d’une diplomatie active, menée sur plusieurs années, mobilisant autorités ivoiriennes et françaises.

Une mobilisation diplomatique de haut niveau

La cérémonie a réuni de nombreuses personnalités politiques et culturelles. Parmi elles, S.E. Maurice Bandaman Kouakou, ambassadeur de la Côte d’Ivoire en France, et S.E.M. Ly Ramata Bakayoko, ambassadrice déléguée permanente de la Côte d’Ivoire auprès de l’UNESCO.

Étaient également présents Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, ainsi que Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO.

La ministre a salué la solidarité gouvernementale autour de ce dossier, soulignant que la restitution du patrimoine constitue une priorité stratégique pour l’État ivoirien.

Elle a exprimé des remerciements appuyés à Rachida Dati, ministre française de la Culture, ainsi qu’à Laurent Lafon, président de la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat français, pour leur soutien institutionnel déterminant.

Une dynamique de rayonnement international

Cette séquence diplomatique s’inscrit dans un contexte plus large de visibilité internationale pour la Côte d’Ivoire. Dès le lendemain, la délégation ivoirienne participait au Salon international de l’agriculture, où le pays est invité d’honneur.

Françoise Remarck y a pris part aux côtés de plusieurs membres du gouvernement, illustrant la cohésion de l’exécutif autour du rayonnement culturel et économique du pays.

Le retour du Djidji Ayokwè intervient ainsi dans un moment stratégique où la Côte d’Ivoire affirme son identité et son influence sur la scène internationale.


Une mémoire retrouvée, une dignité réaffirmée

Depuis la signature officielle, le Djidji Ayokwè a quitté le patrimoine national français pour réintégrer celui de la Côte d’Ivoire.

Mais au-delà du transfert juridique, c’est une symbolique forte qui s’impose. Ce tambour parleur retrouve sa dimension première : celle d’une voix. Une voix qui, autrefois, rythmait la vie communautaire, transmettait les messages et incarnait l’autorité traditionnelle.

Sa restitution constitue un acte de reconnaissance historique et un pas supplémentaire dans le dialogue autour des œuvres africaines conservées en Europe.

Après 110 ans d’attente, la Côte d’Ivoire ne récupère pas simplement un objet. Elle retrouve une part de son âme, une mémoire longtemps éloignée, et réaffirme sa souveraineté culturelle.

Le Djidji Ayokwè rentre chez lui. Et avec lui, c’est une page d’histoire qui se referme pour mieux en ouvrir une nouvelle.

Ljp

Équipe LeJourPile