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Gabon : les populations entre ferveur électorale et contestation politique

Entre l’enthousiasme citoyen et la défiance de l’opposition, le Gabon s’avance vers un scrutin à la fois historique et sensible.

À Libreville, les rues bruissent de conversations autour du double scrutin du 27 septembre. Dans les cafés, les marchés ou les gares routières, on ne parle que de listes électorales et de candidatures. Selon le ministère de l’Intérieur, plus de 18 800 candidats ont été validés et 156 445 modifications ont été enregistrées sur les listes. « On n’a jamais vu ça », souffle un jeune étudiant inscrit pour la première fois.

Un fichier électoral revisité en profondeur

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 18 170 nouveaux inscrits, 124 472 changements de centres, 617 radiations, et 13 682 autres ajustements. Ces mises à jour massives traduisent une volonté affichée de rendre le processus plus inclusif et crédible, dans un pays encore marqué par le coup d’État du 30 août 2023.

Une compétition politique effervescente

Dans les quartiers populaires comme dans les sièges des partis, l’effervescence est à son comble. Près de 800 candidats se disputent 145 sièges de députés et plus de 18 000 visent les 3 078 postes locaux. Au total, 3 223 sièges sont en jeu, avec en moyenne six prétendants pour chaque mandat local. « C’est la première fois que je vois autant de monde se mobiliser pour les élections », témoigne une commerçante de Mont-Bouët, entre deux clientes.

L’opposition conteste, le pouvoir maintient le cap

Mais derrière cette ferveur, la tension politique persiste. Alain-Claude Bilie-By-Nze, chef du parti Ensemble pour le Gabon et arrivé deuxième lors de la présidentielle d’avril 2025, a plaidé auprès du président Brice Clotaire Oligui Nguema pour un report du scrutin. Motif : le non-respect des délais légaux et le risque de perturber la rentrée scolaire.

La réponse du chef de l’État a été sans équivoque : le calendrier électoral sera maintenu. « La transition doit avancer, et elle passera par ces élections », a-t-il martelé, balayant les arguments de l’opposition.

Une campagne sous haute surveillance

La campagne, lancée le 17 septembre, s’étendra jusqu’au 26. Formations de scrutateurs, dépouillement public et une « Nuit électorale » pour la diffusion continue des résultats provisoires sont prévus. Dans les rues de Libreville comme à Port-Gentil, des affiches fleurissent, des meetings se succèdent et la jeunesse, massivement inscrite, promet de faire entendre sa voix.

Une étape décisive pour la transition

Entre l’enthousiasme citoyen et la défiance de l’opposition, le Gabon s’avance vers un scrutin à la fois historique et sensible. Les 3 223 sièges à pourvoir dessineront le visage des institutions locales et nationales, et scelleront l’ancrage – ou non – de la transition vers un ordre démocratique réinventé.

LJP

Équipe LeJourPile

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