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Gassama libéré : la diplomatie ivoirienne au service de la stabilité régionale

ByÉquipe LeJourPile

Fév 11, 2026

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Un dossier au carrefour du droit et de la diplomatie

La libération de Mamadou Hawa Gassama, ancien député malien et membre du Conseil national de transition (CNT), par les autorités ivoiriennes, moins de deux semaines après sa condamnation à trois ans de prison ferme, illustre la complexité des interactions entre justice, diplomatie et politique en Afrique de l’Ouest. Ce dossier dépasse largement le cadre judiciaire : il s’agit d’un arbitrage stratégique, où l’exécutif intervient pour gérer des conséquences régionales sensibles.

L’affaire rappelle des précédents africains, où la libération de personnalités condamnées a été dictée par des impératifs de stabilité et de coopération régionale.

 Chronologie de l’affaire

  • Juillet 2025 : Mamadou Hawa Gassama est arrêté à Abidjan alors qu’il se trouve en séjour privé.

  • 30 janvier 2026 : Le tribunal correctionnel d’Abidjan-Plateau le condamne à 3 ans de prison ferme, assortis d’une amende de 5 millions FCFA et d’une interdiction de séjour à l’issue de la peine, pour offense au chef de l’État ivoirien et diffusion de propos outrageants sur les réseaux sociaux.

  • 9 février 2026 : L’avocat de Gassama, Me Mamadou Ismaïla Konaté, annonce sa libération, sans préciser les modalités. En droit ivoirien, une telle libération ne peut intervenir que par grâce présidentielle ou mesure exécutive équivalente.

La justice ivoirienne face aux enjeux politiques

Sur le plan strictement juridique, la condamnation était claire et définitive. Mais la remise en liberté rapide illustre la porosité entre le judiciaire et le politique dans les affaires sensibles. L’État affiche sa capacité à protéger ses institutions tout en ajustant sa stratégie pour éviter une crise diplomatique avec le Mali.

Dans ce contexte, la justice devient un instrument encadré par la politique, mais ne perd pas sa légitimité : le signal envoyé par la condamnation reste ferme, tandis que la libération traduit un arbitrage pragmatique.

 Dimension diplomatique : un message à Bamako

Gassama n’est pas un citoyen ordinaire. Sa notoriété politique au Mali et ses prises de position publiques en font une figure suivie par les autorités et l’opinion. L’arrestation puis la condamnation avaient été perçues comme potentiellement conflictuelles, menaçant de fragiliser les relations bilatérales.

Sa libération peut être interprétée comme un geste d’apaisement, similaire au précédent des 49 militaires ivoiriens détenus au Mali en 2022, dont la libération après une grâce présidentielle en janvier 2023 avait permis de restaurer la confiance entre Bamako et Abidjan.

Précédents africains comparables

L’Afrique offre de nombreux exemples où la politique a modulé l’application stricte de la justice dans un but de stabilité :

Pays Cas Issue Enjeu géopolitique
Mali – Côte d’Ivoire 49 militaires ivoiriens arrêtés au Mali en 2022 Libération après grâce présidentielle en janvier 2023 Décrispation diplomatique et restauration de relations bilatérales
Sénégal Opposants politiques arrêtés et libérés sous contrôle exécutif Libération anticipée ou assignation à résidence Maintien de la stabilité intérieure et image internationale
Zimbabwe Figures politiques arrêtées pour contestation Grâces présidentielles ou décisions exécutives Éviter tensions diplomatiques et sanctions internationales
Togo / Guinée Opposants libérés après condamnation Arbitrage exécutif Gestion des crises politiques internes et régionales

Ces exemples démontrent que, dans certains dossiers, la souveraineté judiciaire est tempérée par des considérations de diplomatie et de sécurité régionale.

 Implications pour la gouvernance ouest-africaine

La décision de libérer Gassama montre que la Côte d’Ivoire conjugue :

  1. Souveraineté judiciaire : affirmation de la capacité de l’État à défendre ses institutions.

  2. Raisons diplomatiques : prévenir une crise bilatérale avec le Mali.

  3. Pragmatisme politique : éviter l’escalade et protéger la stabilité régionale.

Cette affaire illustre comment la gouvernance en Afrique de l’Ouest n’est pas seulement interne : elle est intrinsèquement liée aux relations interétatiques, aux dynamiques régionales et à la sécurité.

 Analyse stratégique

Pour la Côte d’Ivoire : renforce son image de puissance régionale capable de gérer des crises transfrontalières tout en protégeant ses institutions.

Pour le Mali : montre la possibilité d’obtenir des résultats diplomatiques rapides sans tensions ouvertes.

Pour l’espace ouest-africain : cet arbitrage préventif réduit le risque de conflit politique entre États et stabilise un contexte déjà marqué par les enjeux sécuritaires du Sahel.

La libération de Mamadou Hawa Gassama n’est ni un recul de la justice, ni une défaite de l’État ivoirien. Elle révèle plutôt la capacité des États africains à équilibrer droit, diplomatie et politique, là où la realpolitik régionale exige des décisions rapides et pragmatiques.

L’Afrique de l’Ouest démontre ainsi que la justice et la diplomatie coexistent souvent dans un jeu de balancier stratégique, où la protection de la souveraineté nationale et la stabilité régionale s’entrelacent.

Ljp

Équipe LeJourPile