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La Guinée-Bissau est entrée, lundi 8 décembre, dans une nouvelle ère politique. La Charte Politique de Transition, adoptée par les militaires à la suite de la rupture de l’ordre constitutionnel du 26 novembre, redéfinit en profondeur l’architecture du pouvoir. En 12 mois, ce texte entend réorganiser un pays que l’armée dit avoir « sauvé » d’un projet de chaos piloté par le narcotrafic.
Déposée à la Cour suprême, la Charte commence par un préambule aux accents accusateurs : le Haut Commandement Militaire pour la Restauration de la Sécurité Nationale et de l’Ordre Public affirme avoir déjoué un complot visant à « déstabiliser le pays », impliquant réseaux criminels, manipulation électorale et incitations au tribalisme. Les militaires disent avoir découvert un dépôt clandestin d’armes destiné à plonger la nation dans la guerre civile — une menace brandie pour justifier la destitution du président Umaro Sissoco Embaló et la suspension partielle de la Constitution.
Malgré ce coup de force, la Charte promet de maintenir les libertés fondamentales, les garanties constitutionnelles et l’indépendance du pouvoir judiciaire. Mais c’est bien elle — et non la Constitution — qui prévaut en cas de contradiction. Une hiérarchie claire qui installe les militaires au sommet de l’État.
La transition reposera sur quatre organes :
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un Président de la République de Transition, choisi par le Haut Commandement ;
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le Haut Commandement militaire, véritable organe suprême d’orientation politique ;
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un Conseil National de Transition, 65 membres dotés du pouvoir législatif ;
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un Gouvernement de Transition, dirigé par un Premier ministre.
Pour éviter toute dérive personnelle ou confiscation du pouvoir, le texte interdit au Président et au Premier ministre de Transition de se présenter aux futures élections. Celles-ci devront se tenir dans un délai minimum de 90 jours à partir de la fixation de leur date, dans la limite d’une transition de 12 mois. Une loi d’amnistie couvrant les événements du 26 novembre est également annoncée.
Le coup d’État, survenu à la veille de la proclamation des résultats de la présidentielle du 23 novembre, a entraîné l’arrestation du président Embaló, exfiltré vers le Sénégal puis vers le Congo, ainsi que celle de plusieurs responsables politiques et militaires, dont l’ex-Premier ministre Domingos Simões Pereira.
Désigné pour piloter la transition, le général Horta N’Tam promet une lutte « énergique » contre le narcotrafic, qu’il accuse d’avoir tenté de « capturer la démocratie guinéenne ». Il a nommé un gouvernement conduit par Ilidio Vieira Té, ancien ministre des Finances.
Dans un pays habitué aux ruptures brutales, la promesse d’un retour à l’ordre constitutionnel en 12 mois sera désormais le principal test de crédibilité de cette transition sous tutelle militaire.
