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En Côte d’Ivoire, les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans le débat public. À travers ses analyses, LEJOURPILE s’intéresse aux mutations numériques qui influencent la société ivoirienne. L’émergence des influenceurs soulève aujourd’hui une question majeure : liberté d’expression ou dérive sociale ?
En Côte d’Ivoire, les réseaux sociaux sont devenus un espace incontournable d’expression, d’influence et parfois de controverse. Facebook, TikTok, Instagram ou encore X ont donné naissance à une nouvelle catégorie d’acteurs publics : les influenceurs. Suivis par des milliers, voire des millions d’abonnés, ils façonnent les tendances, influencent les opinions et participent désormais au débat public.
Mais cette montée en puissance soulève une question majeure : l’influence numérique contribue-t-elle à l’élévation sociale ou participe-t-elle à une forme de dégradation des valeurs ?
Une influence devenue pouvoir
Aujourd’hui, certains influenceurs disposent d’une audience supérieure à celle de plusieurs médias traditionnels. Leur parole a du poids. Une recommandation peut booster un produit. Une critique peut détruire une réputation. Cette puissance crée un déséquilibre : beaucoup influencent, mais peu assument réellement la responsabilité de leurs contenus.
Le problème ne réside pas dans l’influence en elle-même. Informer, divertir ou sensibiliser est légitime. Le véritable enjeu concerne le contenu diffusé : incitation à la haine, atteinte à la vie privée, diffusion de fausses informations ou exhibitionnisme excessif.
Liberté d’expression ou absence de cadre ?
Les réseaux sociaux sont souvent perçus comme un espace de liberté totale. Pourtant, aucune liberté n’est absolue. La loi ivoirienne encadre déjà la cybercriminalité et la diffamation. Mais l’application reste parfois complexe face à la rapidité de diffusion des contenus.
La question centrale devient donc : faut-il renforcer la régulation ou encourager l’autorégulation ?
Une approche équilibrée semble nécessaire. Trop de contrôle peut étouffer la créativité. Trop de liberté peut conduire à l’anarchie numérique.
L’éducation numérique, clé du changement
Au-delà de la sanction, la solution durable passe par l’éducation. Les jeunes représentent la majorité des consommateurs de contenus digitaux. Les former à l’esprit critique, au respect de la vie privée et à la responsabilité numérique est essentiel.
Les influenceurs eux-mêmes devraient bénéficier de formations sur :
- l’éthique de la communication
- la gestion de communauté
- les conséquences juridiques des publications
Un influenceur responsable peut devenir un puissant vecteur de sensibilisation positive.
Vers une charte des créateurs ivoiriens ?
Pourquoi ne pas envisager une charte nationale des créateurs de contenus ?
Un engagement moral et professionnel visant à : éviter les contenus diffamatoires, protéger les mineurs, promouvoir des valeurs constructives, etc.
Et le gouvernement l’a si bien compris.
Le mercredi 3 septembre 2025, au Novotel Abidjan-Plateau, la Direction du Développement des Nouveaux Médias du ministère de la Communication a organisé une session de formation pour une vingtaine de blogueurs et influenceurs.
Objectif : sensibiliser ces acteurs dont la voix porte, à promouvoir un usage sain et responsable du numérique, en rappelant également le cadre légal en vigueur.
Deux modules animés par des experts ont abordé autour du thème #EnLigneTousResponsables:
-
le rôle et la responsabilité de l’influenceur
-
les fake news (rumeurs, canulars, propagande)
-
les outils de fact-checking
-
les dangers en ligne (escroqueries, diffamation, haine)
-
les sanctions prévues par la loi
La rencontre a favorisé des échanges constructifs et un appel à faire des influenceurs des relais positifs du numérique.
Cette initiative a permis un temps renforcer la crédibilité des influenceurs sérieux tout en isolant les dérives. Car les réseaux sociaux ne sont ni bons ni mauvais en soi. Ils sont le reflet de la société. Les influenceurs ivoiriens ont aujourd’hui une responsabilité majeure : transformer leur popularité en levier positif.
Entre liberté d’expression et responsabilité sociale, l’équilibre est possible. Encore faut-il le vouloir. Car, la moralisation ne viendra pas uniquement de la loi, mais aussi d’une prise de conscience collective.
Loba Perez
