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Intégration économique : l’Alliance des Etats du Sahel veut relancer les échanges intra-sahéliens

ByÉquipe LeJourPile

Jan 9, 2026

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Confrontées à la faiblesse persistante des échanges commerciaux entre pays sahéliens, les autorités de l’Alliance des États du Sahel (AES) affichent leur volonté d’accélérer l’intégration économique afin de mieux valoriser le potentiel régional et stimuler la croissance intra-confédérale.

Lors du Conseil des ministres du 7 janvier 2026, les autorités maliennes ont fait le point sur l’état d’avancement du chantier économique de la Confédération des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette initiative vise à renforcer l’intégration économique entre les trois pays, dans un contexte marqué par une faible intensité des échanges commerciaux intra-régionaux.

Selon plusieurs sources internationales, le commerce intra-africain demeure structurellement limité. D’après l’African Trade Report 2024 de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), les échanges intra-africains ne représentaient qu’environ 15 % des exportations totales du continent en 2023, loin derrière l’Europe (près de 68 %) et l’Asie (environ 59 %). En Afrique de l’Ouest, malgré l’existence de cadres régionaux tels que la Cédéao et l’UEMOA, la part des échanges intracommunautaires reste modeste. Les analyses de l’ONU-DESA et du Trade Law Centre (Tralac) estiment cette proportion entre 10 % et 15 % du volume total des échanges, confirmant les limites de l’intégration commerciale dans la sous-région.

Dans l’espace ouest-africain, les échanges de biens entre les États membres de l’UEMOA ont atteint environ 3 063,7 milliards de francs CFA en 2021, soit près de 5 milliards de dollars, selon un rapport publié par Agence Ecofin en 2022. Bien que significatif à l’échelle régionale, ce volume reste faible au regard des exportations totales de l’Union, évaluées à plus de 20 000 milliards de francs CFA sur la même période. Les flux commerciaux bilatéraux entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger demeurent, quant à eux, particulièrement modestes, illustrant une intégration économique encore fragmentée au sein de l’espace sahélien.

Pour les autorités de l’AES, cette situation limite la capacité des économies sahéliennes à tirer pleinement parti de leur proximité géographique, de leurs complémentarités agricoles et industrielles, ainsi que de la taille de leur marché potentiel. Elles pointent notamment les barrières administratives, le manque d’harmonisation des règles commerciales et la faible coordination des politiques économiques comme autant de freins à la dynamique des échanges.

Face à ce constat, les États membres de l’AES ont engagé une démarche visant à structurer un cadre économique commun. Les discussions portent sur l’harmonisation progressive des politiques commerciales et industrielles, la facilitation de la circulation des biens et des personnes, ainsi que le renforcement du rôle du secteur privé dans l’élaboration des politiques économiques.

Dans cette optique, un mécanisme de dialogue public-privé à l’échelle confédérale a été validé afin d’associer plus étroitement les entreprises, les chambres de commerce et les organisations professionnelles aux réformes en cours. Une Alliance des Chambres de Commerce et d’Industrie de l’AES a également été créée pour structurer la représentation du secteur privé et améliorer la coordination entre les acteurs économiques des trois pays.

La coopération agricole figure parmi les priorités affichées. Des accords ont été conclus entre les offices céréaliers des pays membres pour renforcer la coordination des politiques de stockage et d’échanges de produits stratégiques. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le commerce alimentaire intra-régional en Afrique de l’Ouest est estimé à environ 10 milliards de dollars par an, un volume jugé en deçà du potentiel réel de la région.

Les autorités de l’AES ont par ailleurs adopté une matrice de recommandations à mettre en œuvre dès 2026, accompagnée de la création d’un comité de suivi et d’évaluation. Cette démarche vise à répondre aux difficultés récurrentes observées dans les initiatives d’intégration régionale, notamment en matière d’application effective des décisions.

L’Alliance des États du Sahel s’inscrit ainsi dans un contexte de recomposition politique et économique en Afrique de l’Ouest, marqué par la remise en cause de certains cadres régionaux existants. Pour ses promoteurs, l’objectif est de bâtir une coopération économique plus étroite entre des pays confrontés à des défis communs de développement, de sécurité et de souveraineté économique.

Selon les autorités maliennes, les prochaines étapes consisteront à traduire ces orientations en mesures opérationnelles concrètes, avec un accent particulier sur la coordination institutionnelle et l’implication des acteurs économiques, afin de dynamiser durablement les échanges commerciaux au sein de l’espace sahélien.

Ljp

Équipe LeJourPile