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Entre modernisation technologique, défis sociaux et vision écologiques, Abidjan trace la voie d’une métropole africaine du 21 e siècle, réconciliant efficacité et développement humain. La matérialisation de ce rêve a été rendue publique en présence des journalistes, le mardi 30 septembre 2025, à la Maison de la presse au Plateau. Notamment, lors de la 3e édition de “La Matinale du Bâtir”, une rencontre organisée par le ministère de la Construction et de l’Urbanisme.
L’événement a réuni autorités administratives, leaders communautaires, experts, mais aussi, des représentants de la société civile, témoins directs de la transformation à l’œuvre. Ce autour du thème: « Adressage des Rues, Rénovation urbaine et restructuration des quartiers précaires: quel apport pour le nouveau visage d’Abidjan?». Il s’est agi de présenter l’état d’avancement des projets urbains du District d’Abidjan et d’exposer les perspectives à court et moyen terme.
L’adressage, socle d’une ville organisée
Cœur du dispositif : le projet d’adressage du District d’Abidjan, lancé en 2017 avec l’appui de la Banque mondiale (15 millions de dollars). Selon Alphonse N’Guessan, directeur de l’Adressage, de la Gestion et de la Restructuration urbaine (DAGERU), les résultats parlent d’eux-mêmes :
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350 000 unités d’occupation recensées (maisons, commerces, équipements publics) ;
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280 000 déjà marquées à la peinture ;
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et surtout 210 000 plaques d’adresses fixées sur les façades des quartiers abidjanais.
Le déploiement se poursuit à Abobo et Anyama, avant une extension à Yopougon et Songon. Dans plusieurs communes stratégiques (Koumassi, Marcory, Treichville, Plateau, Adjamé, Bingerville, etc.), le processus est déjà achevé. Objectif : finaliser l’ensemble d’ici le 31 décembre 2025.
La Côte d’Ivoire a fait un choix audacieux : un système de numérotation métrique. Chaque numéro correspond à la distance exacte en mètres depuis le début de la voie. Exemple marquant : l’Hôtel de Ville du Plateau, sis au 495 Boulevard de la République, se situe effectivement à 495 mètres du Pont Félix Houphouët-Boigny. Une innovation qui garantit la pérennité des adresses face à l’expansion urbaine.
Donner un nom aux rues, une affaire collective
Au-delà des chiffres, la question symbolique des noms de rues a été confiée au CAPEC (Université d’Abidjan), afin d’assurer neutralité et impartialité. Résultat : plus de 14 000 voies identifiées, dont 35 boulevards et 211 avenues, avec un code couleur lisible (orange pour les boulevards, rouge pour les avenues, bleu pour les rues).
Un partenariat avec l’Union postale internationale a permis de créer un code postal propre à Abidjan, tel que 00217 pour le Plateau. Une première étape vers une ville connectée, lisible et intégrée dans les standards internationaux.
Le défi des quartiers précaires
Mais moderniser Abidjan ne peut se limiter à l’adressage. Le constat dressé par M. N’Guessan est sans appel : la progression des quartiers précaires est alarmante.
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1985 : 45 quartiers précaires ;
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1992 : 72 quartiers, 300 000 habitants ;
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2014 : 132 quartiers, 1,2 million d’habitants ;
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2024 : 199 quartiers, près de 2 millions de personnes, soit un Abidjanais sur sept.
Ces populations vivent sans titres fonciers ni documents de propriété, souvent installées dans des zones à risque (ravins, lignes à haute tension) ou sur des terrains stratégiques (extensions portuaires et aéroportuaires). Le directeur de la DAERU insiste : « Il est urgent de prendre des décisions claires concernant ces zones, afin de planifier un développement urbain cohérent et sécurisé. »
Un urbanisme durable et inclusif
À côté de ces défis, la vision écologique prend forme. L’architecte Danny El Feghaly (DELFFE) a présenté un projet de “quartier vert et modèle” : un espace où habiter, travailler et se divertir s’articulent dans un même périmètre. Les concepts reposent sur une étude fine de l’environnement (ensoleillement, vents, végétation), afin de réduire les transports et la pollution.
Le projet se décline en plusieurs zones :
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un parc touristique ouvert sur le Plateau,
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un quartier résidentiel conçu comme un “espace de vie vert”,
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un pôle culturel autour de la mosquée existante,
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et une zone de loisirs avec restaurants, places publiques et espaces d’exposition.
L’axe majeur est la reconnexion avec l’eau : 5 km de promenade le long de la lagune, ponctués d’activités économiques et culturelles. Le volet économique prévoit un centre commercial, des galeries et surtout une école hôtelière pour former les habitants aux métiers du tourisme. Des partenariats internationaux, notamment avec Marriott, sont envisagés pour assurer une gestion de qualité.
Une ville pour tous, une ville pour demain
Abidjan s’impose peu à peu comme un modèle africain d’urbanisme moderne et inclusif. Le projet d’adressage, au-delà de l’identification, devient un véritable outil de planification territoriale. Mais son succès dépendra d’un double pari : l’appropriation par la population et la capacité des autorités à intégrer les quartiers précaires dans cette dynamique.
Le cap sur 2025 a un objectif est clair : finaliser l’adressage d’Abidjan d’ici le 31 décembre et, à terme, étendre le dispositif à l’échelle nationale, tout en intégrant la question des quartiers précaires dans une stratégie inclusive. À travers ces initiatives, Abidjan tente de concilier efficacité technologique, justice sociale et transition écologique
Loba C.
