Devant un maquis d’Abidjan, ils sont une dizaine, réunis à voix basse autour d’un téléphone portable. Sur l’écran, la vidéo d’Ibrahim Zigui, postée quelques heures avant son arrestation. Dans son tee-shirt aux couleurs nationales, le militant du PPA-CI souriait en appelant les siens à « sortir massivement » le jour où le Conseil constitutionnel rendra sa décision.
Aujourd’hui, son absence glace l’assemblée. « C’était une façon de dire qu’on devait rester mobilisés, rien de plus. On ne comprend pas pourquoi il est en prison », souffle Amoin, une militante.
Son arrestation dans la nuit du 1er au 2 septembre s’ajoute à la vague répressive qui touche les opposants. « On vit avec la peur. On a peur de parler, peur même d’écrire sur Facebook », confie un jeune sympathisant.
Dans les quartiers populaires, le sentiment de déjà-vu est fort. « En 2010, on a vu comment ça a fini. Aujourd’hui, ça recommence », lâche un ancien déplacé de guerre.
À quelques semaines du scrutin présidentiel, la Côte d’Ivoire se tend. Le pouvoir justifie les arrestations par la nécessité de maintenir l’ordre. Mais sur le terrain, beaucoup estiment qu’on confond liberté d’expression et délit politique. Et chaque interpellation, loin d’apaiser, ajoute de l’huile sur un feu qui couve déjà, soulignent certains observateurs.
LJP

