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Libération de Mamadou Hawa Gassama : quand le droit cède le tempo à la diplomatie et à la politique

Libération de Mamadou Hawa Gassama, une décision politique calculée, inscrite dans une logique de stabilité régionale et de gestion des relations.

La libération en Côte d’Ivoire de Mamadou Hawa Gassama, ancien député malien et membre du Conseil national de transition (CNT), moins de deux semaines après sa condamnation à trois ans de prison ferme, soulève de nombreuses interrogations. Au-delà du fait judiciaire, ce dossier met en lumière les interactions complexes entre justice, diplomatie et décision politique dans l’espace ouest-africain.

Condamné le 30 janvier 2026 par le tribunal correctionnel d’Abidjan-Plateau pour offense au chef de l’État ivoirien et diffusion de propos outrageants sur les réseaux sociaux, Mamadou Hawa Gassama a été remis en liberté dans des conditions que son avocat, Me Mamadou Ismaïla Konaté, n’a pas détaillées juridiquement. Une libération qui, en l’état du droit ivoirien, ne peut intervenir que par une mesure relevant de l’exécutif, notamment une grâce présidentielle ou un mécanisme assimilé.

Un cadre juridique clair, une issue exceptionnelle

Sur le plan strictement juridique, la situation est sans ambiguïté. La condamnation prononcée était définitive, assortie d’une peine ferme, d’une amende et d’une interdiction de séjour à l’issue de la peine. En l’absence d’annulation judiciaire ou de procédure d’appel suspensive, la libération anticipée ne relève pas du champ judiciaire, mais bien du pouvoir discrétionnaire de l’exécutif.

Cette réalité n’invalide pas la décision de justice rendue. Elle confirme plutôt l’existence, dans l’architecture institutionnelle ivoirienne, d’un outil politique de régulation, utilisé dans des circonstances exceptionnelles où les enjeux dépassent le strict cadre pénal.

Un signal diplomatique adressé à Bamako

La dimension diplomatique est centrale dans ce dossier. Mamadou Hawa Gassama n’est pas un justiciable ordinaire : il est une figure politique connue au Mali, régulièrement médiatisée pour ses prises de position publiques. Son arrestation à Abidjan en juillet 2025, puis sa condamnation, avaient été suivies avec attention par les autorités et l’opinion publique maliennes.

Dans ce contexte, sa libération peut être interprétée comme un geste d’apaisement, voire un message politique adressé à Bamako. Elle rappelle fortement le précédent des 49 militaires ivoiriens arrêtés au Mali en juillet 2022, condamnés avant d’être libérés à la suite d’une grâce présidentielle malienne en janvier 2023, un acte qui avait permis de désamorcer une crise diplomatique majeure entre les deux pays.

La Côte d’Ivoire, acteur clé de la sous-région, semble ici privilégier une désescalade maîtrisée, consciente des fragilités géopolitiques actuelles au Sahel et des recompositions en cours au sein de l’espace ouest-africain.

Un arbitrage politique assumé

Politiquement, cette libération traduit un arbitrage subtil. La condamnation initiale avait envoyé un message clair : les institutions ivoiriennes entendent protéger l’autorité de l’État et de son chef, y compris face à des acteurs politiques étrangers. La libération rapide nuance ce signal, sans l’effacer, en montrant une capacité à gérer les conséquences diplomatiques d’une décision judiciaire.

Il s’agit moins d’un recul que d’un ajustement stratégique, où la fermeté institutionnelle cède le pas au pragmatisme politique, afin d’éviter une crispation durable avec un voisin stratégique.

Justice, diplomatie et realpolitik

L’affaire Gassama illustre une réalité récurrente dans de nombreux États :

En ce sens, la libération de Mamadou Hawa Gassama ne constitue ni un désaveu de la justice ivoirienne ni un affaiblissement de la souveraineté nationale. Elle apparaît plutôt comme une décision politique calculée, inscrite dans une logique de stabilité régionale et de gestion des relations bilatérales.

Ljp

Équipe LeJourPile

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