👁 3,049 vues
Le démantèlement du bâtiment Munah Tech, siège historique du Congrès pour le changement démocratique (CDC) à Monrovia, a révélé une cache d’armes et d’explosifs, ravivant les tensions entre le gouvernement et l’opposition à quelques mois des échéances électorales. Cette affaire soulève des questions sur la sécurité, la justice et l’avenir politique du Libéria.
Le jeudi 21 août 2025, Monrovia a été le théâtre d’une opération policière spectaculaire au cœur de la capitale. Sous escorte policière, le bâtiment Munah Tech, centre névralgique du Congrès pour le changement démocratique (CDC) depuis près de deux décennies, a été démoli suite à un jugement confirmant la propriété de Martha Stubblefield Bernard. Le CDC, fondé en 2004 par George Weah, a contesté cette décision devant la Cour suprême, sans succès.
La démolition a révélé une découverte inattendue : dans l’un des appartements du bâtiment, la police a mis au jour armes, munitions et explosifs. « Ces découvertes posent un problème de sécurité majeur », a déclaré Cecelia Clarke, porte-parole de la police nationale, précisant qu’une enquête approfondie allait déterminer la provenance et l’usage potentiel de ces objets.
L’annonce a immédiatement suscité une onde de choc politique. Plusieurs dirigeants du CDC dénoncent une manœuvre visant à affaiblir l’opposition à l’approche des prochaines élections. « Ce n’est pas seulement la question d’un terrain, mais une volonté manifeste de réduire au silence la voix populaire incarnée par notre formation », a affirmé un haut responsable du parti.
Le bâtiment Munah Tech n’était pas qu’une simple infrastructure : il symbolisait l’ascension politique de George Weah et servait de lieu de rassemblement pour militants et sympathisants. Samuel Sumo, historien local, évoque « la fin d’un chapitre politique » et rappelle que « personne ne peut nier le rôle de ce siège dans l’évolution démocratique du Libéria ».
Dans les rues de Monrovia, l’affaire divise la population. Certains habitants s’inquiètent de la présence d’armes au siège d’un parti politique, tandis que d’autres suspectent une instrumentalisation politique de l’événement. « Il est difficile de croire que de telles armes pouvaient rester cachées là pendant toutes ces années sans que personne ne le sache. Cela sent la politique habituelle », confie James Kpadeh, chauffeur de taxi.
Pour la société civile, la priorité est désormais la transparence. Mariama Doe, présidente de l’Alliance de la société civile, insiste : « Les Libériens méritent de connaître la vérité par des preuves claires et vérifiables. La moindre suspicion renforcera la méfiance envers les institutions. »
L’opposition et le gouvernement s’affrontent sur le terrain juridique et politique. Le président Joseph Nyuma Boakai réaffirme sa volonté de faire respecter l’ordre et la loi, tandis que le CDC accuse l’exécutif d’instrumentaliser le système judiciaire pour affaiblir ses adversaires. Des analystes avertissent que cette controverse pourrait accentuer la polarisation politique et éroder la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques.
À l’international, l’affaire est suivie de près. Une source diplomatique confie : « La crédibilité de la démocratie libérienne est en jeu. Il est crucial que cette affaire soit traitée de manière transparente et impartiale. »
Le CDC, malgré une première défaite électorale en 2005, a su s’imposer dans le paysage politique libérien, culminant avec l’élection présidentielle de George Weah en 2017. Aujourd’hui, la démolition de son siège et la découverte d’armes incarnent les tensions persistantes d’un pays en quête de stabilité durable, confronté à des luttes de pouvoir et à des défis institutionnels majeurs.
LJP
