Site icon lejourpile.com

Néoulefla, nuit de sang : chronique d’un drame scolaire en Côte d’ivoire

Néoulefla, nuit de sang : chronique d’un drame scolaire en Côte d'ivoire

À Néoulefla, on prépare les funérailles d’un pédagogue tombé au front de l’éducation. Sa dernière leçon, tragique et indélébile : défendre l’école est un acte de courage… mais qui, parfois, coûte la vie. Dans ce village paisible de la sous-préfecture de Séitifla, un instituteur respecté a perdu la vie pour avoir défendu l’école contre des intrus drogués. Entre larmes, colère et appel à la justice, Néoulefla se dresse contre l’inacceptable.

La nuit du 12 août 2025, le calme de Néoulefla n’était perturbé que par le chant des grillons. Dans la cour sombre de l’école primaire, une lueur vacillante, celle d’un briquet, trahit la présence de silhouettes. L’instituteur Prao Kouaou John Alex, directeur adjoint et maître de CPI, s’approche. Sa voix, ferme mais posée, fend l’air :

Les enfants, quittez cet endroit, ce n’est pas un lieu pour ça.

Ils ne sont pas des enfants, mais des jeunes, visiblement sous l’emprise de drogue. L’un ricane, un autre lâche une insulte. Les mots deviennent cris, les cris deviennent coups. Un chevron s’abat, encore et encore. Prao s’effondre, son sang se mêlant à la poussière de la cour où, quelques heures plus tôt, résonnaient encore les rires d’élèves.

Alertés, des voisins accourent. Dans l’obscurité, des bras soulèvent le corps inanimé. Direction l’hôpital de Vavoua, puis Daloa, enfin Bouaké, dans une course contre la mort. Pendant deux jours, l’espoir tient bon. Mais hier 14 août, au petit matin, la nouvelle tombe : Prao a déposé la craie.

À Néoulefla, le choc est brutal. Devant l’école, des femmes se tiennent le visage, des hommes parlent à voix basse. Youssef Fofana, ami proche, peine à trouver ses mots :
« Il était là pour enseigner, pour éduquer. Jamais offensif, jamais méchant… Comment peut-on tuer un maître d’école ? »

Dans la salle des maîtres, les collègues regardent sa chaise vide. Gbakayoro, son ami de toujours, serre les poings :
Prao était aimable, serviable, il aimait son prochain… On ne tue pas un homme comme ça. L’école ne mérite pas ça.

Pour beaucoup, ce drame dépasse le cas d’un seul homme. C’est un coup porté au savoir, un affront à toute une communauté. « On attaque l’école, on attaque l’avenir de nos enfants », murmure un parent, les yeux rougis.

Les autorités ne tardent pas à réagir. Des hommes en treillis de l’escadron 1/2 de Daloa, appuyés par la cellule anti-drogue, sillonnent déjà le village. L’enquête est ouverte, les suspects traqués. « Ce n’est qu’une question d’heures », glisse un gendarme.

Pourtant, au-delà des arrestations à venir, une question hante tous les esprits : comment protéger nos écoles, surtout en brousse, quand les enseignants sont seuls face aux menaces ?

Loba Perez

Équipe LeJourPile

Quitter la version mobile