L’AEC estime que le jugement annulant la révocation de la licence de Dawes Island fragilise la politique nigériane du « drill or drop » et pourrait affecter la confiance des investisseurs dans le secteur pétrolier.
JOHANNESBURG, 11 février 2026 – La Chambre africaine de l’énergie (AEC) a vivement réagi à la décision d’une Haute Cour fédérale du Nigeria donnant raison à Eurafric Energy Limited dans le dossier du champ marginal de Dawes Island. Le jugement annule la révocation, intervenue en 2020, de la licence précédemment détenue par Eurafric, alors que l’actif est exploité depuis 2022 par Petralon 54 Limited.
Pour l’AEC, cette décision constitue « un abus de pouvoir judiciaire » susceptible de compromettre la réforme du secteur amont engagée par Abuja, notamment la politique dite du « forer ou abandonner » (drill or drop), destinée à stimuler la production sur les champs marginaux restés longtemps inexploités.
Une décision aux implications sectorielles
La licence de Dawes Island avait expiré en avril 2019 sans production commerciale après 17 ans, et son non-renouvellement avait été acté en 2020 sous le régime juridique en vigueur avant l’adoption de la Petroleum Industry Act (PIA) en août 2021. L’AEC s’inquiète d’une application rétroactive de la PIA, estimant qu’elle fragilise la sécurité juridique indispensable aux investissements pétroliers de long terme.
L’organisation pointe également des zones d’ombre techniques, notamment l’interprétation de volumes issus d’essais de puits comme preuve de production commerciale, ainsi que la prise en compte d’un accord de farm-out non signé pour établir un intérêt juridique exécutoire.
Un appel a été interjeté par Petralon 54 Limited, assorti d’un sursis à exécution en attendant la décision des juridictions supérieures.
Petralon met en avant ses investissements
Attribué à Petralon dans le cadre de la licence PPL 259, le champ a fait l’objet d’investissements estimés à 60 millions de dollars. L’opérateur affirme avoir foré deux puits – au-delà des exigences initiales –, produit plus de 150 000 barils et commencé à verser des redevances à l’État nigérian via le terminal de Bonny.
« Petralon est une société indépendante nigériane qui a respecté toutes les règles, investi et payé des redevances. Faire dérailler ces progrès envoie un mauvais signal au marché », a déclaré NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC.
Fondée en 2014, Petralon détient également des participations indirectes dans des actifs majeurs en eaux profondes, dont les blocs OML 127 et OML 130. Pour l’AEC, l’enjeu dépasse le seul champ de Dawes Island : il s’agit de préserver la crédibilité des réformes pétrolières et d’éviter un recul de la confiance des investisseurs locaux et internationaux dans un secteur stratégique pour l’économie nigériane.

