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Quand l’attiéké devient pizza à Abidjan : l’afro-fusion séduit Koumassi

ByÉquipe LeJourPile

Sep 14, 2025

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En ce samedi après-midi ensoleillé du 13 septembre 2025, une file de jeunes s’étire devant une façade colorée, au cœur de Koumassi. Des effluves d’attiéké grillé se mêlent à ceux des brochettes fumantes. À l’intérieur, les plateaux défilent : pizzas garnies de semoule de manioc fermenté, burgers baptisés « Baoulé » faits de pain sucré ghanéen, boulettes d’ignames fourrées, alloco doré à souhait. Bienvenue dans le nouvel espace gastronomique de Louisette Corporation, le sixième du groupe, inauguré ce jour.

L’attiéké, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, est plus qu’un plat en Côte d’Ivoire : c’est une identité, un symbole national. Ici, il devient matière à innovation. « Dans le cadre du projet Sublime Côte d’Ivoire, nous avons voulu apporter notre pierre et participer à l’exportation de la culture ivoirienne à l’international », explique Maël Zinsou, responsable du groupe, tout sourire devant la foule compacte.

La stratégie, dit-il, commence par Koumassi. « C’est une commune où il y a beaucoup de jeunes. Présenter nos produits aux jeunes, c’est toucher notre cible principale. » Dans la salle, l’enthousiasme est palpable. Kevin, 22 ans, croque dans un Burger Baoulé : « C’est différent de ce qu’on trouve ailleurs. On sent le goût d’ici, mais présenté autrement. » À côté, une étudiante filme sa pizza d’attiéké pour la publier aussitôt sur TikTok.

Le pari du groupe est clair : l’afro-fusion. Mélanger des ingrédients locaux avec des formats mondiaux du fast-food. « Nous voulons innover pour créer l’attractivité et nous démarquer, tout en respectant les exigences de qualité », insiste M. Zinsou. Dans les cuisines, les recettes sont testées et calibrées. « L’approvisionnement local est l’un des piliers. Toutes les matières premières produites ici sont privilégiées. Nos fiches techniques respectent les règles d’une alimentation saine. »

Cette approche attire une clientèle curieuse, mais aussi des familles qui veulent redécouvrir les classiques du terroir autrement. Assis à une table, une mère de famille s’amuse à voir ses enfants engloutir des boulettes d’ignames comme des nuggets. « C’est plus facile pour eux, mais ça reste nos produits », glisse-t-elle.

Avec six espaces déjà ouverts et soixante employés, Louisette Corporation ne compte pas s’arrêter là. L’ambition est affichée : dix sites d’ici à fin décembre 2025, et une centaine de collaborateurs. Plus loin, la vision se précise : « Nous voulons couvrir les principales communes d’Abidjan d’ici trois ans et franchiser nos enseignes à long terme », confie M. Zinsou.

L’expérience dépasse la simple restauration rapide. Elle raconte une histoire de fierté et de projection. « Dans tous nos projets, nous voulons mettre en valeur l’Afrique et permettre aux Ivoiriens de voyager par la dégustation », souligne le responsable, évoquant même des inspirations venues du Mexique.

Dans le brouhaha joyeux de Koumassi, où les jeunes prennent en photo leurs assiettes avant la première bouchée, une évidence s’impose : l’attiéké, pilier de la cuisine ivoirienne, s’invite désormais dans l’univers du fast-food. Un mariage audacieux qui semble promis à un bel avenir.

Loba Perez