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L’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme (EAMAU) de Lomé a récemment récompensé un projet de fin d’études qui interroge les rapports entre mémoire culturelle, mobilité urbaine et innovation architecturale. Présenté par Coulibaly Chigata Isaaq-Elisée, étudiant ivoirien en architecture, ce projet propose un pôle d’échange intermodal à Abidjan, inspiré du Djidji Ayokwe, tambour sacré du peuple Atchan, actuellement au cœur d’un processus de restitution patrimoniale à la Côte d’Ivoire.
Intitulée « Proposition d’un pôle d’échange intermodal à Abidjan inspiré du Djidji Ayokwe », l’étude explore l’intégration de codes culturels endogènes dans la conception d’infrastructures contemporaines. En s’appuyant sur une lecture symbolique du tambour, à la fois instrument de communication, marqueur de souveraineté et objet rituel, Coulibaly propose une architecture de la mobilité qui dépasse la fonctionnalité pour entrer dans une logique de récit territorial.
Le projet prévoit une articulation entre les réseaux de transport terrestre et lagunaire, dans un espace pensé comme lieu de passage, de rencontre et de transmission. La morphologie architecturale s’inspire directement des caractéristiques visuelles et symboliques du tambour sacré, notamment la représentation de la panthère, figure totémique associée à l’autorité et à la puissance dans la tradition Atchan.

Cette approche a valu à son auteur deux distinctions majeures : le Prix de l’Innovation en architecture et le Prix du Meilleur étudiant de sa promotion 2025, décernés par un Grand Jury international composé d’enseignants et de professionnels de l’urbanisme issus de 14 pays africains. Avec une moyenne académique de 14,95/20, Coulibaly Isaaq-Elisée incarne une orientation croissante des jeunes architectes africains vers une architecture de réconciliation entre modernité et héritage.
Ce projet, en phase avec les enjeux de durabilité, d’identité urbaine et de réappropriation patrimoniale, ouvre des pistes intéressantes pour les politiques d’aménagement en contexte africain. Le jeune lauréat ambitionne désormais de poursuivre une spécialisation en Europe pour approfondir ses recherches sur les croisements entre architecture, culture et dynamiques urbaines africaines. Il appelle les institutions ivoiriennes à soutenir cette trajectoire par l’octroi d’une bourse d’excellence.
Loba Perez
