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La Côte d’Ivoire a officiellement récupéré le tambour parleur Djidji Ayokwè, restitué par la France lors d’une cérémonie au musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris. Au-delà de l’émotion patrimoniale, cet acte marque une étape diplomatique majeure et ouvre un nouveau chapitre dans la coopération culturelle entre Abidjan et Paris.
Le 20 février 2026 restera une date marquante dans l’histoire culturelle ivoirienne. Au sein du prestigieux Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, à Paris, la ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, et son homologue française, Rachida Dati, ont signé l’acte de transfert de propriété et procédé à la remise matérielle du tambour parleur Djidji Ayokwè.
Ce geste, hautement symbolique, consacre le retour en Côte d’Ivoire d’un bien culturel majeur, plus d’un siècle après son départ. Mais au-delà de la portée patrimoniale, l’événement s’inscrit dans une dynamique diplomatique plus large entre France et Côte d’Ivoire.
Un acte diplomatique fort
La cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs personnalités de premier plan. Parmi elles, Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie et des Partenariats internationaux, ainsi que Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie.
La participation de Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO, a également donné une dimension internationale à l’événement.
Pour Françoise Remarck, cette restitution est « le fruit d’un dialogue et d’une histoire unique ». Elle a souligné le rôle d’une « diplomatie active », reprenant une expression du président Alassane Ouattara, pour qualifier le travail engagé depuis plusieurs années entre les deux pays.
L’acte de restitution apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un processus politique et technique complexe, inscrit dans le débat plus large sur le retour des œuvres africaines conservées en Europe.
Un patrimoine chargé de mémoire
Le Djidji Ayokwè n’est pas un objet comme les autres. Tambour parleur emblématique des communautés Atchans, il incarne à la fois une mémoire collective, une tradition de communication et une autorité symbolique.
En Côte d’Ivoire, son retour suscite une émotion particulière. Pour les Atchans, il s’agit d’un pan de leur histoire qui retrouve sa terre d’origine, 110 ans après son départ. Ce retour est perçu comme une réparation symbolique et un acte de reconnaissance.
Une cérémonie de libation est prévue à Abidjan, en présence notamment de représentants de la chefferie Atchan et de personnalités telles que Paulin Claude Danho, vice-gouverneur du District autonome d’Abidjan. Ce rituel traditionnel doit permettre au tambour de « retrouver ses terres ancestrales » dans le respect des coutumes.
Vers un partenariat culturel renouvelé
Du côté français, la restitution est présentée comme un moment historique. Rachida Dati a salué « l’aboutissement de cette restitution d’un bien culturel emblématique », y voyant l’expression d’une volonté partagée de renforcer le partenariat bilatéral.
Au-delà du symbole, Paris et Abidjan entendent faire de cet acte un levier de coopération accrue dans les domaines muséal et patrimonial. Échanges d’expertise, formation des conservateurs, co-construction d’expositions : plusieurs pistes sont évoquées.
Françoise Remarck a assuré que le musée ivoirien appelé à accueillir le tambour est « prêt techniquement, scientifiquement et symboliquement ». Ce point est crucial dans le débat sur les restitutions, souvent conditionnées par la capacité des pays demandeurs à conserver et valoriser les œuvres.
Une dynamique internationale en mouvement
La restitution du Djidji Ayokwè s’inscrit dans une tendance plus large amorcée ces dernières années. Plusieurs États européens ont engagé des processus de retour d’objets culturels vers les pays africains.
Dans ce contexte, l’initiative franco-ivoirienne peut être perçue comme un modèle de dialogue bilatéral structuré. Elle repose sur des accords formels et une coopération institutionnelle, plutôt que sur une approche unilatérale.
L’implication de l’UNESCO et de l’Organisation internationale de la Francophonie confère à l’événement une dimension multilatérale. Elle rappelle que la question des restitutions dépasse le cadre strictement national et participe d’une réflexion globale sur la mémoire, l’histoire et la circulation des œuvres.
Un enjeu identitaire et politique
Au-delà de l’aspect culturel, le retour du Djidji Ayokwè revêt une dimension identitaire forte. Il renforce le sentiment d’appartenance et contribue à la valorisation du patrimoine national.
Pour les autorités ivoiriennes, cette restitution constitue aussi un signal politique. Elle démontre la capacité du pays à obtenir, par la voie diplomatique, la reconnaissance de ses droits patrimoniaux.
En France, elle illustre une évolution du discours officiel sur la gestion des collections héritées de la période coloniale. L’acte posé à Paris témoigne d’une volonté de bâtir une relation plus équilibrée avec les partenaires africains.
Un symbole appelé à durer
Le Djidji Ayokwè ne sera pas seulement exposé. Il sera chargé d’une mission symbolique : incarner un dialogue renouvelé entre deux nations liées par l’histoire.
Cette restitution dépasse le cadre d’un simple transfert de propriété. Elle traduit un mouvement de recomposition des relations culturelles internationales, où le patrimoine devient un outil de diplomatie et de rapprochement.
En signant l’acte de transfert au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, la France et la Côte d’Ivoire ont posé un geste fort. Reste désormais à transformer ce symbole en dynamique durable, capable de nourrir une coopération culturelle équilibrée et tournée vers l’avenir.
Loba P.
