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Séguéla : face aux tensions entre agriculteurs et éleveurs, la médiation sociale appelée à jouer un rôle clé

ByÉquipe LeJourPile

Mar 6, 2026

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 À Séguéla, la première réunion statutaire du Comité d’Éveil et de Suivi de la Cohésion Sociale (CESCS) a mis en lumière un défi majeur pour la stabilité locale : les conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs. Sous la présidence du Médiateur-délégué pour le Worodougou et le Béré, Soro Doh Siélé, les acteurs locaux ont analysé la situation et esquissé plusieurs pistes de solution pour préserver la cohésion sociale dans cette partie du nord-ouest de la Côte d’Ivoire.

Une réunion pour évaluer la cohésion sociale dans le Worodougou et le Béré

La rencontre tenue le 4 mars 2026 dans les locaux de la représentation du Médiateur à Séguéla marque une étape importante dans le suivi des initiatives locales de prévention des conflits. Elle réunissait les membres du Comité d’Éveil et de Suivi de la Cohésion Sociale, une structure chargée d’identifier les sources potentielles de tensions et de promouvoir le dialogue entre les communautés.

À l’ouverture des travaux, Soro Doh Siélé a dressé le bilan des activités menées au cours de l’année précédente. Plusieurs actions de médiation et de sensibilisation ont permis d’éviter certaines crises locales et de renforcer le dialogue entre les populations.

Malgré ces résultats encourageants, les discussions ont rapidement convergé vers une problématique persistante : les tensions entre agriculteurs et éleveurs, qui demeurent l’une des principales sources de conflits dans les zones rurales de la région.

Des tensions liées à l’accès aux terres et aux ressources

Dans le Worodougou et le Béré, comme dans d’autres régions rurales de Côte d’Ivoire, l’agriculture et l’élevage constituent deux activités économiques majeures. Cependant, leur coexistence peut parfois générer des tensions.

Les conflits surviennent généralement lorsque les troupeaux traversent des zones cultivées ou endommagent des plantations. Les pertes subies par les agriculteurs peuvent provoquer des réactions violentes et entraîner des affrontements entre les deux communautés.

Ces situations fragilisent la cohésion sociale et peuvent rapidement dégénérer si aucun mécanisme de médiation n’est mis en place.

Les membres du comité ont ainsi souligné la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention afin d’éviter que ces tensions ne s’aggravent.

La question des zones pastorales au cœur des débats

Pour tenter de répondre à ce défi, plusieurs propositions ont été formulées au cours de la réunion. Le président local des éleveurs, Ali Bah, a notamment plaidé pour la création de zones pastorales dans différentes régions du pays.

Selon lui, l’absence d’espaces clairement dédiés au pâturage constitue l’une des causes principales des conflits entre éleveurs et agriculteurs. L’aménagement de zones pastorales permettrait d’encadrer les mouvements du bétail et de limiter les intrusions dans les exploitations agricoles.

Il a également proposé la déclassification d’une centaine d’hectares dans le Parc national de la Marahoué afin de les mettre à la disposition des éleveurs du Worodougou et du Béré.

Une telle mesure, selon lui, pourrait contribuer à réduire les tensions tout en soutenant l’activité d’élevage dans la région.

Un enjeu économique pour le marché de la viande

Au-delà de la question sociale, cette problématique revêt également une dimension économique importante.

Ali Bah a averti que l’absence d’espaces de pâturage adaptés pourrait pousser certains éleveurs à déplacer leurs troupeaux vers les pays voisins.

Une telle situation pourrait réduire l’offre de bétail sur le marché ivoirien et entraîner une hausse du prix de la viande. Dans un contexte où l’alimentation constitue une préoccupation majeure pour de nombreux ménages, cette perspective suscite l’inquiétude de plusieurs acteurs locaux.

Sensibiliser aux lois pour prévenir les conflits

Face à ces défis, Soro Doh Siélé a insisté sur l’importance de la sensibilisation et de la formation des acteurs concernés.

Selon lui, la méconnaissance des textes légaux encadrant les relations entre éleveurs et agriculteurs contribue souvent à l’aggravation des conflits. Une meilleure diffusion de ces dispositions juridiques pourrait favoriser une résolution pacifique des différends.

Le Médiateur-délégué a donc appelé les membres du CESCS à intensifier les campagnes de sensibilisation dans les villages et les zones rurales. L’objectif est d’encourager les populations à privilégier le dialogue et les mécanismes de médiation.

La solidarité au cœur de l’action du CESCS

La réunion s’est déroulée dans un contexte particulier, marqué par la période de jeûne observée par les communautés musulmanes et chrétiennes.

À cette occasion, Soro Doh Siélé a remis des kits alimentaires aux membres du comité, un geste symbolique destiné à renforcer la solidarité entre les acteurs engagés dans la promotion de la paix sociale.

Vers des solutions durables pour la cohésion sociale

Les échanges tenus à Séguéla illustrent l’importance du dialogue et de la médiation dans la gestion des conflits ruraux. La coexistence entre agriculture et élevage reste un enjeu central pour de nombreuses régions de Côte d’Ivoire.

Pour les acteurs locaux, la solution passera par une combinaison de mesures : organisation des espaces pastoraux, sensibilisation aux textes juridiques et renforcement des mécanismes de médiation.

Dans cette dynamique, le rôle du Comité d’Éveil et de Suivi de la Cohésion Sociale apparaît déterminant pour prévenir les tensions et préserver la stabilité des communautés rurales.

Car au-delà des enjeux économiques, c’est bien la paix sociale et la coexistence harmonieuse des populations qui sont en jeu dans cette région du nord-ouest ivoirien.

Ljp