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Wave–Opérateurs : un simple visuel relance une bataille de cinq ans sur le marché du crédit téléphonique

ByÉquipe LeJourPile

Nov 24, 2025

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Ce qui ressemblait à une publication promotionnelle anodine s’est transformé en véritable onde de choc. Tout est parti d’un visuel bleu et blanc posté sur Facebook par Coris Bank International Côte d’Ivoire, annonçant fièrement la possibilité d’acheter du crédit téléphonique « sur tous les réseaux, à 0 franc de frais ».
Dans un pays où le crédit de communication est un marché ultra-sensible, l’annonce a été perçue comme une provocation.

Derrière ce message, c’est une bataille souterraine de près de cinq ans qui resurgit : celle qui oppose Wave Mobile Money aux opérateurs historiques: Orange, MTN et Moov Africa, autour d’un enjeu majeur : l’accès aux API permettant la vente de crédit téléphonique.

Une annonce qui enflamme la toile

Le 21 novembre 2025, Coris Bank lance son nouveau service via Coris Money.
La réaction ne se fait pas attendre.

« Comment Coris peut vendre du crédit alors que Wave attend l’accès aux API depuis quatre ans ? », s’indigne un internaute.
Très vite, la polémique enfle, accusant l’ARTCI de « laisser traîner » le dossier.

Face au tollé, Coris Bank clarifie : son service repose sur un partenariat technique « conforme aux normes ». Une manière de dire qu’elle a obtenu ce qui est refusé à Wave.

Retour en 2021 : le début d’un bras de fer

À son arrivée, Wave souhaite proposer l’achat de crédit téléphonique directement dans son application, comme au Sénégal ou au Mali.
Elle demande alors l’accès aux API des trois opérateurs. Refus net.

Selon la fintech, les opérateurs veulent garder ce marché pour leurs propres services financiers.
En mars 2024, Wave saisit l’ARTCI pour pratiques anticoncurrentielles. Une audience publique a lieu en mars 2025. Les opérateurs répliquent : la vente de crédit serait « un service financier », donc hors du champ du régulateur des télécoms.

Un argument que Wave juge absurde, rappelant que les services « Money » vendent déjà du crédit.

Un dossier qui n’avance pas

Après une rencontre infructueuse en septembre 2025, la décision attendue le 6 novembre est encore reportée.
Aucune nouvelle date n’a été fixée.

Pourquoi tant de lenteur ?
Parce que derrière la vente d’unités se cache un marché extrêmement lucratif.

Au premier trimestre 2025, la Côte d’Ivoire comptait :

  • 60,5 millions d’abonnés mobile,

  • 27,7 millions de comptes mobile money,

  • 102,5 milliards de FCFA de chiffre d’affaires télécoms en trois mois.

L’accès de Wave aux API pourrait rebattre totalement les cartes.

Le spectre de la “guerre du 1 %”

Chez les opérateurs, certains n’ont toujours pas digéré l’arrivée de Wave.
En 2021, la fintech casse les prix du mobile money : 1 % sur les transferts, retraits et dépôts gratuits.
Les opérateurs doivent s’aligner, perdant des milliards.

« Le traumatisme est réel », confie un expert.
Laisser Wave vendre du crédit reviendrait, pour certains, à ouvrir la voie à un deuxième choc économique.

La question des infrastructures

Autre accusation des opérateurs : Wave profiterait de plateformes et de réseaux coûteux sans en supporter les investissements.
« Une API, ce n’est pas un interrupteur. C’est des années de développement », affirme un ingénieur.

Wave rétorque que l’API est un service d’accès, non une infrastructure, et que le refus d’intégration viole la concurrence.

Un régulateur sous pression

Pris entre une fintech populaire et trois géants historiques, l’ARTCI marche sur une ligne étroite.
Chaque report nourrit les soupçons.

Pour certains, le régulateur « ménage les opérateurs ».
Pour d’autres, il s’agit de lenteurs administratives qui bloquent l’innovation.

En attendant, une chose est certaine :

La polémique est loin, très loin, d’être terminée.

Équipe LeJourPile