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La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a annoncé son intention d’imposer des sanctions ciblées contre toute personne ou groupe cherchant à entraver le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau, dans un contexte régional marqué par la multiplication des coups d’État.

À l’issue de la 68ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, tenue le dimanche 14 décembre à Abuja, le président de la Commission de la Cédéao, Omar Touray, a adopté un ton ferme. Il a averti que l’organisation régionale n’hésiterait pas à recourir à des mesures punitives contre les acteurs qui compromettraient le processus de transition démocratique en Guinée-Bissau.

Selon lui, cette posture de fermeté s’impose face à une tendance inquiétante aux changements anticonstitutionnels de gouvernement en Afrique de l’Ouest. Il a notamment cité la tentative de coup d’État récemment déjouée au Bénin comme un signal d’alerte supplémentaire pour la région.

Une région confrontée à une vague de coups d’État

La rencontre d’Abuja a réuni plusieurs chefs d’État ouest-africains, parmi lesquels José Maria Neves (Cap-Vert), Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), Faure Gnassingbé (Togo), Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), Adama Barrow (Gambie) et John Dramani Mahama (Ghana). Les discussions ont porté sur la dégradation de l’environnement politique et sécuritaire dans l’espace communautaire.

Selon des données de la Cédéao, huit coups d’État ont réussi dans six pays de la région depuis août 2020, un phénomène qui fragilise durablement les institutions démocratiques.

Prenant la parole, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a appelé à des réponses courageuses, coordonnées et fermes contre les putschs militaires, qu’il a qualifiés de menace majeure pour la stabilité et la sécurité régionales.

La Guinée-Bissau au cœur d’une crise électorale

La Guinée-Bissau demeure au centre des préoccupations de l’organisation. Le pays traverse une grave crise politique depuis que le Haut Commandement militaire pour le rétablissement de l’ordre a suspendu de facto le processus électoral à la suite de la présidentielle du 23 novembre dernier.

Le président sortant Umaro Mokhtar Sissoco Embaló et son principal rival Fernando Dias revendiquent chacun la victoire, plongeant le pays dans une impasse institutionnelle. Embaló, actuellement en exil au Sénégal et en République du Congo, ainsi que certains membres de son entourage, pourraient être visés par des sanctions si les accusations de complot visant à déstabiliser le processus démocratique venaient à être confirmées.

Tentative de putsch au Bénin et coopération régionale

Dans le même temps, la Cédéao a évoqué la tentative de coup d’État survenue au Bénin, onze jours après les événements de Guinée-Bissau. Menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, l’opération a été rapidement neutralisée grâce à l’appui du Nigéria, qui a déployé des troupes et des moyens aériens.

Toujours en fuite, Tigri aurait été aperçu au Togo, tandis que les appels à son extradition vers le Bénin se multiplient.

Une organisation sous pression

Ces nouvelles crises interviennent alors que la Cédéao peine encore à résoudre les situations post-coup d’État au Burkina Faso, au Mali et au Niger, trois pays qui ont récemment quitté l’organisation pour former l’Alliance des États du Sahel (AES).

Par ailleurs, la Guinée, dirigée par un régime militaire depuis le coup d’État de septembre 2021, s’apprête à organiser une élection présidentielle le 28 décembre 2025, un scrutin très attendu qui pourrait marquer une étape décisive vers un retour à l’ordre constitutionnel.

Ljp

Équipe LeJourPile