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Rencontre Ouattara-Macron à Paris : entre diplomatie et tensions électorales, le silence qui interroge

ByÉquipe LeJourPile

Juil 21, 2025

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Une rencontre discrète parisienne entre l’ivoirien Alassane Ouattara et français Emmanuel Macron à eu lieu le 16 juillet 2025, à l’Élysée, sans image ni communiqué. Et pourtant, le rendez-vous  entre les deux Présidents, fait bruisser la Côte d’Ivoire. Ce, à moins de trois mois de la présidentielle. Dans un climat politique chargé, ce huis clos suscite analyses, soupçons et lectures croisées. Car dans l’ombre du silence diplomatique, c’est bien l’avenir politique d’un pays stratégique d’Afrique de l’Ouest qui se joue.  Peut-être aussi, celui des rapports entre Paris et Abidjan.

La question du quatrième mandat en filigrane

Pour de nombreux observateurs, le cœur du sujet est clair : Alassane Ouattara briguera-t-il un quatrième mandat à 83 ans ? Officiellement, rien n’est tranché. Officieusement, soulignent-ils, les regards se tournent vers Paris, acteur historique, parfois perçu comme arbitre silencieux des transitions ivoiriennes.

Le juriste et exilé politique Dr Boga Sacko Gervais, figure connue de la défense des droits humains, y voit une manœuvre diplomatique claire. Pour lui, le tête-à-tête marque une tentative d’inflexion française : « Je pense que le président Macron a dû lui demander de ne pas oser faire un quatrième mandat », avance-t-il, rappelant le soutien implicite de Paris à la réélection controversée de 2020.

Le juriste va plus loin : il attribue aux mots de Macron en 2020, évoquant un « cas de force majeure » pour justifier la candidature de Ouattara, l’échec de l’opposition d’alors. Pour lui, cette phrase a « cassé les ailes » de tout contre-pouvoir. Une erreur que la France, désormais fragilisée sur le continent, ne peut plus se permettre, pense-t-il.

Un nouveau rapport de force Afrique-France

Car depuis 2020, la géopolitique a changé de visage. L’AES (Alliance des États du Sahel), regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, a tourné le dos à la France et s’est rapprochée de la Russie. Pour Boga Sacko, la Côte d’Ivoire reste un des derniers piliers de l’influence française en Afrique de l’Ouest. Selon lui, un quatrième mandat imposé, avec des figures majeures comme Gbagbo, Thiam, Soro ou Blé Goudé exclues de la course, pourrait faire basculer ce fragile équilibre.

Ce point de vue critique s’oppose à la position d’intellectuels proches du pouvoir, comme l’historien Arthur Banga. Sur NCI, il défend la souveraineté ivoirienne : « Macron ne peut rien imposer à Ouattara. La colonisation, c’est terminé. » Pour lui, ceux qui crient à l’ingérence ne sont que des déçus d’une France qui ne « choisit plus les présidents africains ».

Un silence lourd de conséquences

Reste que le mutisme des deux chefs d’État interroge. Le choix du silence dans un contexte aussi explosif ne peut être anodin. Si la France ne dicte plus les règles du jeu, elle reste un acteur influent, écouté ou critiqué selon les camps. Le simple fait que cette rencontre alimente les commentaires et les interprétations est en soi révélateur.

Alassane Ouattara, fidèle à sa stratégie de contrôle du tempo politique, laisse planer le doute. L’annonce, ou non, de sa candidature pour un quatrième mandat pourrait intervenir à la dernière minute, une manière de couper court à toute contestation organisée.

Une démocratie suspendue

Au-delà du rapport Paris-Abidjan, c’est la vitalité démocratique ivoirienne qui est en question. Pour beaucoup d’observateurs, peut-on parler d’élection inclusive si les principaux leaders d’opposition sont exclus de la compétition ? Peut-on croire à une alternance politique si le chef de l’État sortant reste silencieux à trois mois du scrutin ?

L’histoire récente de la Côte d’Ivoire, marquée par les crises post-électorales, devrait, selon eux, inciter à la transparence et à l’apaisement. Mais pour l’instant, c’est l’opacité et le calcul qui dominent, estiment-ils.

Loba Perez

Équipe LeJourPile